‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 65 sur 237 · ACTE TROISIEME \i\i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME \i\i

VÉTHEUIL

Je n'aurais été absent que quelques jours, et d'ailleurs j'étais en train de vous écrire.

CLAUDINE

Pourquoi m'écrire? Pour que ce que vous avez à me dire soit plus définitif, plus irréparable... mais vous pouvez me parler et je peux tout entendre. Je ne vous ferai pas de scène, puisqu'il parait que c'est ma spécialité, et que je vous rends la vie odieuse.

VÉTHEUIL

On vous a mal répété, comme toujours, ce que j'ai pu dire, et si j'avais pris ce parti de vous écrire au lieu de vous voir, c'est que j'avais peur, non pas de vous, mais de moi.

CLAUDINE

Vous aviez peur d'être trop faible, d'avoir de la pitié ; mais je n'ai pas besoin de pitié, je vous assure... encore une fois vous pouvez tout me dire.

VÉTHEUIL

Eh bien, oui, expliquons-nous une bonne fois.

Écoutez, Claudine, je vous aime. (Geste de Claudine.) Oh!

n'en doutez pas; oui, je t'aime et c'est pour ça que la vie que je mène n'est plus possible... Je t'aime à un tel point que je ne veux plus te partager, même en affection; il faut que tu sois tout entière à moi comme je suis tout entier à toi.

CLAUDINE

Est-ce que je ne suis pas tout entière à toi ?

VÉTHEUIL

Non, il y a entre nous des choses... tu sais bien... Ça m'ennuie, par exemple, d'attendre pour monter chez toi, la nuit, que ton... qu'un autre... enfin qu'il soit parti.

CLAUDINE

Est-ce là tout ce que tu as à me reprocher? Tu n'as

( t;3LIOTH£CA l

pas attendu souvent en tout cas, et puis c'est un ami, et puis tu le savai- quand tu m'as prise, je ne t'ai pas menti.

VÉTHEUIL

Sans doute, mai- c'est toujours la même chose : dans les commencements, parbleu, je ne le connaissais pas... mais maintenant qu'il me tend la main tous les jours, que j'ai appris a l'apprécier, à l'estimer, maintenant qu'il a confiance en moi, ça me gêne de mentir et de le tromper.

CLAUDINE

Alors qu'est-ce que je dirai, moi? Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, pourtant.

VÉTHEUIL

C'est possible, mais il ne faut plus qu'il y ait ces mensonges dans notre amour... Il faut qu'il n'y ait plus rien entre nous, il faut que tu choisisses entre lui

et moi.

CLAUDINE

Mais comment ■

VÉTHEUIL

C'est justement ce que je voulais te proposer. Viens avec moi tout à fait.

CLAUDINE

Où ça?

VÉTHEUIL

N'importe où... où tu voudras... chez moi... autre part... peu importa.

CLAUDINE

Tu me demandes de quitter Ruyseux?

VÉTHEUIL

Oui.

CLAUDINE

Non... je n'ai pas le droit de faire ça. Tu me demandes d'abandonner un homme qui n'a jamais été que très bon pour moi, auquel je n'ai rien à reprocher... Tu me demandes de lui faire un chagrin peut-être mortel...

Page 1