‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 108 sur 227 · ACTE PREMIER f%l · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER f%l

une carriôre; mais tu n'es qu'un bourgeois, issu de parents bourgeois; tu as eu une éducation bourgeoise avec tout ce qu'elle comporte de préjugés et d'hypocrisie et tu as une vie bourgeoise avec tout ce qu'elle comporte de privilèges et de férocité.

Mais, Baron, vous qui parlez des bourgeois avec un si visible mépris, qu'est-ce que vous êtes donc, vousmême, sinon un bourgeois?... Vous vivez de vos rentes.

lE BARON.

Mon Dieu, madame Marges, j'ai bien de la peine à me définir... peut-être un homme ayant apporté de la modération et même un certain altruisme dans un égoïsme raisonné, quelque chose comme un anarchiste régulier, un collectiviste isolé. Je suis, comme vous le savez, de la plus basse extraction.

MADAME DEGriNGOIS.

Vraiment ?

LE BARON

Mon Dieu, oui, madame Degaiingois, de la plus basse extraction. Mon grand-père, Théobald Bouif, était savetier en échoppe... Quand il était ivre, il frappait ma pauvre grand'mère à coups de tire-pied; j'ai vu ça, j'ai vu ça... Alors, le peuple... Mon père, lui, s'est élevé au rang de cordonnier en boutique... A sa mort, il m'a laissé quelques milliers de francs. Je les ai placés en rentes viagères, car je trouve l'héritage une chose monstrueuse...

LACOLDERIE.

Et, par là, vous êtes socialiste.

MADAME MARGES

Si vous aviez eu des enfants, pourtant?

LE BARON

Je n'en ai pas; je ne veux pas en avoir; je ne me reconnais pas le droit de mettre au monde des créatures qui me le reprocheraient peut-être un jour.

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