SCÈNE VII
MADAME DEGUINGOIS, LACOUDERIE, LE BARON, GERMAINE.
MADAME DEGl'INGOIS.
Oui, tout cela est étrange. jM. Jean Raidzell semblait : bien pressé de partir... il ne tenait plus en place... Et avez- vous remarqué son air embarrassé quand Mme Marges lui a parlé de Juliette?
LACOUDERIE.
Mais non.
MADAME DEGUINGOIS.
Il était visiblement embarrassé. Vous les aviezlaissés ensemble ici, dans ce salon, quand vous êtes venu nous rejoindre.
LACOUDERIE.
Oui.
MADAME DEGUINGOIS.
Ah! la pauvre petite... j'ai bien peur...
LE BARON
De quoi avez-vous peur, madame Deguingois?
MADAME DEGUINGOIS.
Eh bien, ils ont dû avoir une conversation grave, une explication avant le départ, et j'ai bien peur que Jean Raidzell n'ait enlevé brutalement à Juliette ses illu • sions, qu'il lui ait déclaré qu'il n'avait pas du tout l'intention de l'épouser.
LACOUDERIE.
C'est bien invraisemblable. Il faudrait donc que Juliette l'eût mis en mesure de se déclarer, qu'elle lui
eût demandé formellement ses intentions... Ça ne lui ressemble guère.
iMADAME DEGUINGOIS.
Il est bien étrange qu'elle ne se soit pas trouvée là pour lui dire au revoir et, j e le répète, lui, avait l^air très gêné, pas du tout désireux de se retrouver en présence de Juliette. 11 a peut-être voulu se jeter sur elle! Ces millionnaires, ça se croit tout permis !
LACOUDERIE.
Vous allez aux extrêmes.
MADAME DEGIINGOIS.
Tant mieux, tant mieux si je me trompe; mais je crains fort que nos amis Marges n'aient une- grosse déception.
LE BARON
Vous craignez ou vous espérez, madame Deguingois?
MADAME DEGIINGOIS.
J'ai dit : je crains, monsieur Bouif. (un silence.)
LE BARON
Hélas, tout est vanité. (lUepiomèncdanslesalonenréciiant
avec emphase.) « La première année, il perdit sa femme, Mme la duchesse de Villeroy; la seconde année, il perdit sa sœur, Mme la princesse de Robeck, etc.. »
Rideau.