ACTE TROISIÈME
CHRISTIANE
Non, non, pas de Mlle Egreth ici, sous aucun prétexte.
JEAN
Alors, on ne jouera pas ma musique.
CHRISTIANE
Vous ne me ferez pas croire qu'il n'y a qu'elle dans Paris pour dire ces vers.
JEAN
On l'avait sous la main. Il y a bien Mlle Talmah- Béjard.
MADAME DEGUINGOIS.
Ah! oui, Talmah-Béjard, c'est un nom.
JEAN
C'est même deux noms... Vous m'objecterez encore qu'elle est la maîtresse de mon frère.
CHRISTIANE
Oh ! la maîtresse de votre frère, tant que vous voudrez. D'ailleurs, il la trompe tellement que c'est presque une union légitime.
Et puis, elle est à la Comédie-Française... nous ne voyons que son caractère officiel.
JEAN
Soit... j'irai chez Talmah-Béjard... il n'y a pas de temps à perdre.
MADAME DEGUINGOIS.
J'ai fini d'écrire les cartes... je les mets là, avec les menus. Maintenant, je vais surveiller tes gens, les presser un peu.
CHRISTIA>E.
Tu seras bien gentille.
MADAME DEGUINGOIS.
Au revoir, monsieur Jean, à ce soir!
Elle sort.
SCÈlNE m
JEAN, CllRISTIANE.
JEAN
Vous avez une mère admirable... pleine de tact.
CHRISTIANE
Maman, oui, c'est ma meilleure amie.
Votre mari n'est pas là?
CHRISTIANE
Non, il est sorti aussitôt après le déjeuner; mais il m'a dit qu'il rentrerait tout de suite... Il a rendezvous avec le Baron; faites attention, il était de fort méchante humeur ce matin.
JEAN
Ah! qu'est-ce qui ne va pas?
CHRISTIANE
La politique, toujours!
JEAN
Ah!... C'est ennuyeux que vous ne vouliez pas de Mlle Egreth.