SCENE V PAUL, EUGÈNE
PAUL
Je vous écoute.
EUGÈNE
Eh bien, voilà mon idée : en deux mots, n'est-ce pas? 'ous savez que les compagnies d'assurances amérilines font une grosse concurrence aux compagnies françaises. Il serait intéressant de garder cet argentlà chez nous, n'est-ce pas?
PAUL
Certainement.
EUGÈNE
Il suffirait pour cela qu'une compagnie française offrît aux assurés des avantages équivalents : diminution des primes, participation aux bénéfices, etc.
PAUL
Oui.
EUGÈNE
Cette compagnie, je veux la foncer sur des bases colossales, et j 'offrirai à l' État comme garanties non pas quelques immeubles dispersés çà et là, mais une ville.
2«i PARAITRE
EAIL.
Une ville? Laquelle?
EUGÈNE
Oui, une ville, une ville tout entière, que je crée, que je fais sortir de terre, dans un pays merveilleux, l'Esterel, sur la Côte d'Azur, le climat méditerranéen, la montagne et la mer, une ville moderne et magnifique, avec un établissement de jeux comme à Monte-Carlo, des théâtres comme à Cologne et à Bayreuth, des bains comme à Budapest, vous m'entendez, des palais comme à Florence, une ville tout en marbre, qui s'élèvera dans le soleil et dans les roses.
PAUL
Poète!
EUGÈXE.
Oh! c'est une idée géniale, en eiïet... J'aurai les capitaux, mais je n'ai pas les terrains. L'Esterel est un massif domanial... il faut que l'État me vende ses deux cent mille hectares, et c'est pour ça, mon petit Paulot, que j'aurais besoin de vous. Il me faudrait l'appui de quelques hommes politiques en vue. Si vous voulez marcher, marcher à fond, vous me comprenez, bien entendu, il ne s'agit pas de pots-de-vin...
PAUL
Je pense bien.
EUGÈNE
Mais de tonneaux, de foudres! vous êtes un brave ami, je vous parle carrément. Vous n'avez pas eu à vous plaindre de moi jusqu'à présent. Si vous voulez, votre fortune est faite.
PAUL
Mon cher Eugène, votre idée m'apparaît d'abord un peu chimérique.