ACTE fhOISlKMK ;î
MADAME MARGES
Loin de là?... Mais, si vous rêviez pour Christiane une existence dorée, brillante, il n6 fallait pas qu'elle épousât mon fils. D'ailleurs, là n'est pas là question. Je trouve, en effet, qu'elle l'entraîne à dés dépensés exagérées. Qu'ils viennent donc faire des économies chez nous, à la campagne. Nous irions tous vivre à Pressagny, je n'y verrais que des avantages.
MADAME DEGUINGOlS.
Cela ferait le plus grand bien à voire mari, évidemment.
MADAME M.-VRGÈS.
Pourquoi, à mon mari?
MADAME DEGUINGOIS.
Certains hommes, à son âge, ont besoin d'une vie calme, régulière... Paris, avec ses distractions forcées, ses tentations possibles, ne leur est pas recommandé... j'exprime là une généralité...
.AIADAME MARGES.
Une généralité directe... vous êtes pleine de bon sens, Virginie, lorsqu'il s'agit des autres; mais, croyezmoi, la vie do Paris n'est pas bonne non plus à certaines jeunes femmes qu'il faudrait mettre atissi à l'abii de tentations possibles.
MADAME DEGUINGOIS.
Vous parlez par énigmes, Julie.
MADAME .MARGES
Voyes-vous, il y a des choses auxtiuelles je ne veux même pas penser... ce serait tellement effroyable.
MADAME DEGUINGOIS.
Mais quelles choses?... Si vous faites allusion à Christiane, elle est capable de résister à toutes les tenta-
tions, croyez-moi; on n'a rien à dire sur elle, j'imagine. Décidément, vos chagrins personnels, vos désillusions conjugales vous rendent pessimiste... il ne faut pas s'en étonner; mais, rassurez-vous, ma fille est une honnête femme.
Tant mieux... car mon fils ne serait pas un mari complaisant ou aveugle comme le fut, sans doute, ce pauvre M. Deguingois.
MADAME DEGUINGOIS.
Vous insultez un mort !
MADAME MARGES
Où prenez- VOUS que je l'insulte?
MADAME DEGUINGOIS.
Vous avez dit complaisant.
MADAME MARGES
Ou aveugle.
MADAME DEGUINGOIS.
Je VOUS défends de parler de mon mari.
MADAME MARGES
Il ne fallait pas me parler du mien. C'est vous qui avez commencé.
MADAME DEGUINGOIS.
La vengeance ne vous fait pas reculer devant la calomnie.
MADAME MARGES
Oh! la calomnie, je n'invente rien. Il parait que, lorsque M. Deguingois était simple employé aux forges de Maubeuge, son avancement fut rapide.
Je sais ce qui a donné lieu à cette légende. Ma
\c:n: tuoisikme ;317
pauvre amie, vous ne connaissez donc pas la province? L'avancement de mon mari fut rapide, en effet... j'étais jolie... on a rapproché ces deux circonstances, alors qu'il eût été plus juste de reconnaître que M. Deguingois était un homme probe, laborieux, capable, estim»'* de r^es supérieurs et qui contentait ses chefs.
MADAME MARGES
C'est vous surtout qui les contentiez.
MADAME DEGUINGOIS.
C'est odieux ce que vous dites là... vous-même ne le croyez pas. Vous ne pouvez pas le croire. C'est odieux.
(Elle tire son mouchoir.)
MADAME MARGES
Laissez cela... entre femmes, les larmes sont inutiles.
MADAME DEGUINGOIS.
■ Et quand cela serait... M. Deguingois était un homme sans initiative, sans hardiesse, comme votre fds. Christiane grandissait... il fallait songer à son avenir. Vous qui avez eu tant d'ambition pour vos enfants, pour votre fille, vous ne me reprocherez pas, j'espère, d'en avoir eu pour la mienne. Je ne considère pas que j'aie trompé mon mari.
MADAME MARGES
Non ?
.le l'ai poussé.
MADAME .MARGES
Question de mots.
MADAME DEGUINGOIS.
Ah! vous pouvez bien rire. Je n'ai pas eu des aventures par curiosité, moi, par désœuvrement, par vice,
ni même par amour, comme tant d'autres femmes passionnées ou frivoles. Ah! non, l'amour n'est pas mon pëohé, et j'en ai toujours trouvé les gesteâ burlesques et pénibles. Ces choses-là m'ont toujours assommée et, chaque fois, je peux dire que je me suis sacrifiée, oui, sacrifiée. C'est pour ça que j'ai le droit de lever la tête.
jmadâme marges
Oh ! levez-la tant que vous voudrez !
Sur ces derniers mots, Jean Raidzeli est entré. JEAN.
Bonjour, itiète... Rebonjour, madame...
MADAME MARGES
Bonjour, Jean.
JEA?î.
.Te ne vous fais pas partir?
MADAME MARGES
[Non, je m'en allais. (i:iie son.)
Eh bien, vous êtes allé chez cette personne?
JEAN
Oui, oui, tout est arrangé.
MADAME DEGUINGOIS.
Ah ! Christiane sera contente. Elle sait que vous êtes là?
JEAN
Oui, oui, on l'a prévenue.
MADAME DEGUINGOIS.
Ah! justement...
En efl'et, Clirisliane est cnlrée.