ACTE DEUXIÈME
CÉCILE
A rien. Je ne suis pas fâchée de vous l'entendre dire. Dans les commencements, ça allait très bien; j'étais très contente de vous.
CHARLOTTE
Excusez-moi...
CÉCILE
Je ne demande pas mieux que d'avoir de la patience, mais je vous ai procuré parmi mes amies des clientes qui seront moins indulgentes : Mme Galenizzi, la générale Lampervier se sont plaintes à moi. Je vous ai donné le nécessaire pour que vous puissiez travailler sans préoccupation d'aucune sorte; je ne l'ai pas fait pour que vous m'en soyez reconnaissante, mais, tout de même...
Ce que Mme de Gerberoy vous dit là, c'est surtout dans votre intérêt, vous le comprenez bien.
CÉCILE
Vous n'avez pas été malade?
CHARLOTTE
Oh! non, madame... c'est-à-dire que je n'ai pas été malade si vous voulez, seulement...
CÉCILE
Seulement, quoi? Voyons, qu'y a-t-il? Qu'est-ce qui ne va pas ? :
CHARLOTTE
Écoutez, madame, j'aime mieux tout vous dire... je sens bien que j'ai l'air d'une ingrate, d'une paresseuse, et vous avez été si bonne pour moi... je ne voudrais pas que vous vous imaginiez... Enfin, madame, je suis amoureuse, voilà.
CÉCILE
Et c'est ce qui vous empêche de travailler?
CHARLOTTE
Oui, madame, c'est bien connu.
SUZANNE
Mais vous devriez, au contraire, être remplie de gaieté et de courage. On travaille pendant le jour dans l'espoir de retrouver le soir son amoureux. Et le dimanche on va avec lui à la campagne. C'est le printemps !
Vous arrangez ça comme ça, vous. Le malheur, c'est que j'aime un homme qui est au-dessus de moi.
SUZ^ANNE
Comment ça, au-dessus de vous?
CÉCILE
C'est un prince?
CHARLOTTE
Oh ! ma foi, c'est kif-kif... c'est un savant.
CÉCILE
Mais, en fait de savant, vous ne connaissez que M. Soindres.
CHARLOTTE
Justement, c'est un homme que j'ai connu par rapport à M. Soindres. Ce n'est pas lui, bien sûr. Pensezvous que j'irais me toquer du patron, comme ils disent? Ah! bien merci, je s'rais chouette. Non, c'est un homme que j'ai connu au laboratoire, M. Menkjer... il n'est même pas Français, c'est un Norvégien... Vous le connaissez?