ACTE PREMIER
MADAME JAMINE
C'est cela même.
VÉTHEUIL Mais il y a deux Prunier: Ernest et Jules.
MADAME JAMINE Le mien, c'est Ernest...
CLAUDINE Celui qui vient de perdre sa femme.
MADAME JAMINE Justement.
CLAUDINE Mais je croyais qu'il avait eu un immense chagrin?
Oh! oui... il faisait peine avoir... C'est au cimetière que je l'ai connu.
CLAUDINE Au cimetière!
VÉTHEUIL Racontez-nous ça.
MADAME JAMINE
C'est bien simple... j'allais tous les huit jours porter des fleurs sur la tombe de Philippe et, une fois, j'ai rencontré Prunier qui venait aussi porter des fleurs à sa femme... Il faut vous dire que le caveau de la famille Prunier est dans la même allée, à deux tombes du caveau de la famille do Philippe. Alors je suis revenue le lendemain.
VÉTHEUIL
Vous disiez tout à l'heure que vous alliez au cimetière toutes les semaines...
MADAME JAMINE, inconsciente.
Oui, mais le gardien de notre allée m'avait dit que Prunier venait tous les jours... Alors, je suis revenue le lendemain et puis, peu à peu, on a causé, n'est-ce pas?... Je ressemblais beaucoup à sa femme: c'a été le point de départ. Et puis enfin il a vu que je le comprenais... je lui disais des choses pour le consoler... voilà comment ça s'est fait...
Claudine se détourne pour ne pas rire.
VÉTHEUIL
Est-elle gentille!,..
MADAME JAMINE Pourquoi riez-vous?... C'est drôle ce que je dis?
Oui... c'est drôle!
MADAME JAMINE
Dame, vous comprenez, moi, j'ai charge d'âmes. H faut que j'élève ma fille, que je lui amasse une dot, parce que je veux qu'elle puisse choisir, qu'elle puisse épouser un brave garçon.
CLAUDINE Pour ça, elle a raison.
VÉTHEUIL Vous avez le temps d'y songer.