‹ ThéâtreChapitre 23 sur 185 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CLAUDINE

De Sargent.

VÉTHEUIL

C'est très bien... Ah! que vous étiez jolie dans UAge de raison et quel délicieux souvenir vous nous avez laissé! Quel malheur que vous vous soyez retirée si tôt du théâtre... en pleine jeunesse, en plein succès! Pourquoi n'avez-vous pas continué?

CLAUDINE

Parce que c'est à cette époque que j'ai connu le comte de Ruyseux, qui n'aimait pas beaucoup me voir dans ce milieu-là... et puis alors j'ai eu ma fuie. A partir de ce moment-là, j'avais un autre rôle à jouer, le plus merveilleux qu'on ait jamais écrit et dont on ne se lasse pas plus à la centième qu'à la millième, parce qu'il change tous les jours, tout en restant le même.

VÉTHEUIL Alors, vous ne regrettez pas le théâtre ?

CLAUDINE Oh! pas du tout.

Pourtant la gloire, le public idolâtre et ce vertige, cet éblouissement dont parlent nos meilleurs auteurs... qu'en faites-vous ?

CLAUDINE Oui, il y a de bons moments; mais si vous saviez à quel prix on les achète et quel triste métier! Quand je pense que moi, moi, qui suis autoritaire au delà de toute exprès-

sion, qui n'accepte jamais d'observations même très douces et de gens que j'aime bien, qui suis paresseuse, adorant mes aises, en un mot qui ne fais que ce qui me plaît... quand je pense que je me levais de bonne heure, que je déjeunais à la hâte pour aller répéter, que je passais des après-midi entières derrière des portants, que je recommençais une scène vingt fois selon le caprice d'un auteur ou d'im directeur!... quand je pense à tout cela, voyez-vous, ça m'étonne moi-même... je me demande maintenant... maintenant que c'est un peu loin, n'est-ce pas ? je me demande comment j'ai pu faire tout ça.

VÉTHEUIL

C'est-à-dire qu'un amant aurait eu le quart de ces exigences, vous l'auriez envoyé promener.

CLAUDINE Plutôt deux fois qu'une.

VÉTHEUIL

Évidemment !

CLAUDINE Non, voyez-vous, pour nous qui connaissons les dessous des dessous et les coulisses des coulisses... Et puis la méchanceté des camarades: vous ne vous doutez pas de ce qu'on est rosse dans ce monde-là 1

VÉTHEUIL

Oh! si je m'en doute. Dans tous les mondes d'aUleurs;

comment voulez-vous qu'il en soit autrement? L'autre

jour, j'étais chez de bons bourgeois qui ont une propriété

aux environs de Mantes: ils ont tapissé leurs couloirs avec

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