‹ ThéâtreChapitre 44 sur 185 · SCÈNE III CLAUDINE, LE COMTE · texte numérisé non relu

SCÈNE III CLAUDINE, LE COMTE

LE COMTE Vous savez que je vais vous faire mes adieux ce soir.

CLAUDINE Vos adieux! Vous partez donc demain?

LE COMTE

Oui, il faut que je parte pour Naples, d'où j'ai reçu une dépêche tantôt.

CLAUDINE Vous allez encore conspirer.

LE COMTE Je resterai probablement une semaine.

CLAUDINE Vous avez de la chance d'aller vers le soleil, sous le ciel bleu.

LE COMTE

Je n'ai pas de chance, puisque je ne peux pas vous emmener.

CLAUDINE, pour dire quelque chose.

Ah! oui, l'Italie!

Petit silence.

LE COMTE 11 y a bien longtemps que vous ne m'aviez admis à l'honneur de votre petit coucher.

H y a si longtemps que ça ?

LE COMTE

Mais oui... vous ne le remarquez pas; mais moi, j'y fais plus attention.

Il s'approche d'elle et l'embrasse.

CLAUDINE, surprise.

Qu'est-ce que vous faites?

LE COMTE

Je vous embrasse... Je ne peux plus vous embrasser?

CLAUDINE

Oh! si, si.

LE COMTE

Vous avez l'air fâché.

CLAUDINE

Fâchée? Oh! non... ça m'a surprise, voilà tout. Je ne m'y attendais pas... vous savez bien comme je suis nerveuse. Là, maintenant que je suis prévenue, vous pouvez m'embrasser. (Elle lui tend ses joues.) Gentiment... là, là...

LE COMTE

Là, ça veut dire assez, n'est-ce pas ? Quel parfum avezvous donc ce soir?

CLAUDINE Mais le même que d'habitude.

LE COMTE Peut-on savoir?

CLAUDINE C'est un mélange à moi... je ne le dis à personne. Deux heures sonnent.

LE COMTE C'est deux heures qui sonnent ?

CLAUDINE Oui, c'est deux heures. Dieu, que j'ai sommeil!

LE COMTE Allons... je vais vous laisser dormir... au revoir!

CLAUDINE Au revoir!

LE COMTE va près de la fenêtre.

Claudine !

CLAUDINE Quoi?

LE COMTE Vous savez quel temps il fait dehors ?

CLAUDINE Il neige, je crois.

LE COMTE

Oui, il neige, et ça ne vous fait rien de me laisser partir comme ça?

CLAUDINE Comment, comme ça?

LE COMTE Oui, enfin, je veux dire par un temps pareil.

Voyons, mou ami, vous avez votre voiture qui vous attend en bas, vous n'êtes pas bien à plaindre. Clara vous a porté une bonne boule d'eau bouillante. Je suis obligée de vous laisser partir, vous ne pouvez pas rester ici, la boule va être froide... et votre cocher, il doit geler... et votre cheval... ça n'est pas bon non plus pour le cheval.

LE COMTE

Vous avez raison, je m'en vais; mais j'aurais voulu partir avec quelque chose qui me réconforte, qui me fasse chaud au cœur.

Comment ?

Vous savez bien.

CLAUDINE

LE COMTE

CLAUDINE Voulez-vous un petit verre de cognac?

LE COMTE

J'ai dit au cœur... ce que je voudrais, c'est un peu de ta chaleur à toi, de la chaleur de ton corps adoré. Il la saisit.

CLAUDINE, criant.

Vous me faites mal!

LE COMTE, d'un ton do doux reproche.

Oh! Claudine!

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