‹ Théâtre: mystère, comédies et ballets (volume 2)Chapitre 219 sur 235 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Une musique délicieuse se fait entendre. Des jeunes filles apparaissent, portant sur leur tête des vases remplis d'eau ; elles sont vêtues très-simplement ; une longue pièce d'étoffe blanche tournée autour du corps, faisant écharpe et fixée a la ceinture par un cercle de métal les enveloppe. Les bouts retombant forment jupon. Elles ont des colliers et des bracelets de fleurs. Derrière leurs oreilles pendent, en manière de boucles d'oreilles, des fleurs de sivichâ passées dans un fil qui descend jusqu'à la poitrine. Quelques-uues ont, en outre, un manteau tressé de jonc dont elles se débarrassent en entrant en scène. Au milieu d'elles, entre ses deux amies

Anousouya et Priyamwada, s'avance Sacountalâ tenant à la main un arrosoir.

En entendant venir les jeunes filles, Douchmanta s'est relevé lentement et, pour les observer plus a son aise, il s'est caché derrière les arbres. Sacountalâ, dont les jeunes filles remplissent l'arrosoir, s'approche d'un malica (arbre indien) qu'elle arrose; puis elle va à une autre plante. Le roi caché admire les poses gracieuses de Sacountalâ et les soins affectueux qu'elle prodigue aux fleurs sacrées.

— Un peu -fatiguée, la jeune fille prie sa compagne de dénouer l'écharpe qui la serre et elle continue son travail, débarrassée de ses voiles et plus séduisante encore.

Les autres femmes redressent la tige des plantes, cueillent des fleurs et sèment des graines pour la nourriture des antilopes et des oiseaux qui habitent le bois sa^ré, sous la protection des ermites.

A l'aspect d'une tige de Madhàvi toute couverte de fleurs, quoique ce ne soit pas la saison, Priyamwada et Anousouya témoignent une surprise joyeuse, font voir la plante à Sacountalâ et en tirent l'augure de son prochain mariage. Sacountalâ rougit de cette allusion et détourne avec pudeur les plaisanteries de ses compagnes.

Dans sa cachette, le roi Douchmanta semble croire au présage et affirmer que les compagnes de Sacountalâ pourraient bien avoir raison.

Du calice d'une des fleurs de Madhâvi, ' s'élance une abeille qui poursuit Sacountalâ comme si elle la prenait pour une autre fleur. Elle vole autour d'elle et cherche sa bouche comme pour y puiser du miel. Les compagnes de Sacountalâ tâchent d'éloigner l'insecte que la jeune fille essaye d'abattre. Douchmanta, qui a observé ce manège, se montre subitement et parvient à chasser l'audacieuse abeille.

Étonnement des jeunes filles à l'aspect de ce beau jeune homme inconnu dont les traits nobles, bien qu'il ait dépouillé les insignes royaux, indiquent une haute origine. Sacountalâ émue croise ses mains sur sa poitrine et reste dans une sorte de stupeur au milieu du théâtre. Priyamvada et Anousouya, moins vivement impressionnées, conduisent Douchmanta à un banc rustique tapissé de septaparna (mousse indienne), en le priant dé s'y reposer. On apporte au roi des corbeilles de fleurs et de fruits, une coupe pour boire et Ton va puiser de l'eau à l'étang sacré, afin de lui laver les pieds ainsi que les devoirs, de l'hospitalité l'exigent. .

Le roi, pendant qu'on lui rend tous ces soins, ne cesse de fixer sur Sacountalâ des regards enflammés d'admiration et de désir.

Ànousouya et Priyamwada se demandent entre elles qui' peut être cet inconnu aux façons douces et majestueuses. Anousouya s'approche du roi et le questionne timidement à ce sujet. Douchmanta répond qu'il est un jeune homme brahmatchari (élève brahme), qui désire se livrer à l'étude de la sagesse et des védas (livres saints) sous la direction des ermites. Douchmanta fait celte réponse parce que les jeunes filles ne l'ont pas vu avec son cortège royal. Le roi a son tour iuterroge .\nousouya sur Sacountalâ, qui se rapproche curieusement du groupe. La jeune fille raconte que sa compagne est fille d'un saint personnage nommé Gausica et de la nymphe Menaça. Abandonnée à sa naissance, elle a été recueillie et élevée par le sage Ganoua et sa beauté témoigne suffisamment de son origine céleste.

Douchmanta s'avance vers Sacountalâ qui fait mine de se retirer, mais Priyamwada dit à sa compagne qu'elle n'a pas terminé sa besogne et qu'il reste bien des fleurs encore à arroser. Sacountalâ reprend l'arrosoir et verse lentement de l'eau sur diverses plantes. Le roi s'approche d'elle et semble vouloir la soulager dans ses travaux. Elle s'y oppose avec modestie.

Toutes les fleurs sont arrosées. Les jeunes filles se retirent une à une. Priyamwada et Anousouya qui jugent que l'entrevue s'est assez prolongée, cherchent à entraîner Sacountalâ. La jeune fille feint pour rester plus longtemps d'avoir accroché sa robe à un arbuste épineux. Douchmanta la dégage, la serre sur son cœur comme ivre d'amour. Pendant cette scène, des bruits de voix et d'instruments ont résonné derrière le théâtre.

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