SCÈNE X
Sacountalâ, on ne Ta pas oublié, est de par sa mère d'ori»ii c céleste. La nymphe Menaça,- dont elle est fille, vient à son secous dans ce moment suprême ; les cimes des arbres s'écarteat, laissant passer des flots de lumière. Les Apsaras descendent du ciel apportant des étoffes en toile de soleil et en gaz de lune ; des têtes de nymphes apparaissent \ travers les interstices du feuillage. Les arbustes allongent leurs branches fleuries comme des petites mains portant des bijoux, des colliers d'or, des fils de perles. Les troncs d'arbres s'entr'ouvrent, laissant sortir les divinités qui déposent aux pieds de Sacountalâ des cassettes, des écrins, des vêtements précieux.
Des esprits de l'air lui présentent le miroir, nattent ses cheveux, répandent sur elle des essences et lui teignent les pieds en rose avec la teinture de henné.
Sa toilette finie, Sacountalâ se prosterne devant les déesses, les génies et les apsaras qui remontent au ciel, se blottissent sous les plantes, rentrent dans les arbres.
Anousouya, Priyamwada et les autres jeunes filles l'entourent et l'admirent. En la voyant si belle, certes le roi Douchmanta ne peut manquer de la bien accueillir, malgré le sort jeté par l'ermite. N'est-elle pas d'ailleurs sous la protection des Apsaras?
Il est temps de partir. Sacountalâ fait ses adieux à ses compagnes, à son antilope, à ses plantes chéries qu'elle embrasse tour à tour, comme si c'étaient des êtres doués d'une âme.
Le sage Canoua avec quelques Brahmatcharis et Gautami, la gouvernante des jeunes prêtresses, accompagne Sacountalâ qui, avant de s'éloigner, se retourne plusieurs fois et jette des baisers à ses amies.
Durwasas qui veut contrarier l'influence salutaire de Canoua, son rival en sainteté, laisse prendre un peu d'avance au cortège, se revêt d'une robe de brahme et sort à grands pas du même -côté. Les jeunes filles, qui regrettent Sacountalâ, se groupent dans des poses abattues et mélancoliques.