CELINDE, FLORINE, LE DUC
CÉLINDE.
Ciel ! le duc ! \
FLORINE
Monseigneur ! quoi ! c'est vous?
LE DOC
Moi-même,... charmante sauvage, je vous trouve enfin l
LA FAUSSB CONVERSION. m 73
Voilà trois semaines que mes grisons battent la campagne pour vous déterrer. **
FLORIME.
Le fait est que nous étions au bout du monde.
le duc.
Vous me haïssez donc bien, mauvaise, que vous vous êtes expatriée pour ne plus me voir ! À propos,- voilà l'écrin que vous m'avez renvoyé, comme si j'étais un traitant.— Un homme de qualité ne reprend jamais ce qu'il a donné.
CÉLINDE
Monsieur!
FLORIN E
Dnja que les gens de race pour avoir de ces procédés-là.
LE DUC
Vous aviez un caprice pour ce petit freluquet ; ce n'était pas la peine de vous enfuir pour cela. — Un homme d'esprit comprend tout. Je me serais arrangé de façon à ne pas rencontrer .Saint-Albin, ou plutôt il fallait me le présenter. Je . l'aurais poussé s'il avait eu quelque'mérite. Une jolie femme peut avoir un philosophe comme elle a un carlin, cela ne tire, pas à conséquence.
CÉLINDE.
Saint-Albin a su m'inspirer l'amour de la vertu.
LE DUC
Lui! Je n'en voudrais pas dire du mal, car j'aurais l'air d'un rival éconduit; mais ce cher monsieur n'est pas ce qu'il parait être, comme on dit dans les romans du jour, ou je me trompe fort.
> FLORINE
Je suis de l'avis de H. le duc, H. Saint-Albin a des allures qui ne sont pas claires pour un hoibme patriarcal et bocager.
OÊLIHDE.
Florine...
LE DUC
Ma chèro Célinde, je vous aime plus que vous ne sauriez le croire d'après mon ton léger et mes manières frivoles. Je ne vous ai jamais dit de phrases alambiquées : — pourtant j'ai fait pour vous des sacrifices devant lesquels reculeraient bien des amants ampoulés et romanesques. Sans parler de deux ou trois coups d'épée que j'ai donnés çt que j'aurais pu recevoir,— pour que vous pussiez écraser toutes vos rivales, pour que votre vanité féminine ne souffrit jamais, j'ai engagé le château de mes pères, le manoir féodal peuplé de leurs portraits, dont les yeux fixes semblent m'accabler de reproches silencieux. Les juifs ont entre leurs sales griffes les nobles parchemins, les chartes constellées de sceaux armoriés et d'empreintes royales ; mais Célinde a pu faire ferrer d'argent ses fringants coursiers, mais sa beauté, fleur divine, a pu s'épanouir splendidement au milieu des merveilles du luxe et des arts, ce joyau sans prix a vu son éclat doublé par la richesse de la monture. Et moi, l'air dédaigneux et le cœur ravi, tout en ne parlant que de chiens et de chevaux anglais, j'ai joui de ce bonheur si doux pour un galant homme d'avoir réparé une injustice du sort en faisant une reine... d\)péra de celle qui eût dû naître sur un trône.
FLÔJUKE.
Comme monsieur, le duc s'exprime avec facilité, bien qu'il n emprunte rien au jargon des livres à la mode ! — Je n'aime pas les amoureux qui donneraient leur vie pour leur maîtresse, * et qui lui refusent cinquante louis ou la quittent pour quelque plat mariage.
CÉLINDE.
Cher duc, ah ! si j'avais pu savoir 1... Hélas ! il est trop tard... Saint-Albin m'adore... je dois finir mes jours dans cette retraite... loin du bruit, loin du monde, loin des succès.
le duc. ^ '
Renoncer ainsi à l'art, à la gloire, à l'espoir dé se faire un
nom immortel pour un grimaud qui vous trompe, j'en suis sûr.... Laisser cette grosse Rosimène faire craquer sous son poids les planches que vous effleuriez si légèrement du bout ik votre petit pied, c'est impardonnable ! Le public a si mno* vais goût, qu'il serait capable de l'applaudir.
CÉLINDE.
Le parterre prend souvent l'indécence pour la volupté et la minauderie pour la grâce.
LE DtfC.
Vous n'auriez qu'à reparaître pour la faire rentrer parmi les figurantes à vingt-cinq sous la pièce, dont elle n'aurait, jamais dû sortir*
CÉLIÎÎDB.
Pourquoi parler de cela, puisque mon sort est à jamais fixé?