‹ Théâtre: mystère, comédies et ballets (volume 2)Chapitre 91 sur 235 · ARLEQUIN, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, LE DOCTEUR

Docleur, je suis malade!..;

Qu'avez-vous !... Trouvez-vous le vin amer ou fade?

ARLEQUIN

Je le trtnite excellent !

LE DOCTEUR

Et le rôti !

ARLEQUIN

Port bon!

LE DOCTEUR

Que vous dirait le ctéur en face d'un jambon?

ARLEQUIN

Il me dirait, je crois, d'eti couper une tranche.

LE DOCTÊUà.

Montrez-moi votre langue... Elle est rotigè et ndft blanche. Tout ce diagnostic démontre que le mal, A ne pas en douter, est purement moral.

ARLEQUIN

Votre sagacité pénètre au fond des choses Et va donner du nez droit dans le pot aux roses : Oui, mon mal est moral, immoral bien plutôt; Car je suis amoureux de madumfc PïeitoM

De cette affection je connais le remède, Tarissez ce flacon, qu'à prix d'or je vous cède, Pour elle votre amour se trouvera guéri Comme si vous fussiez devenu sou mari.

ARLEQUIN

Je n'en crois pas un mot; cette liqueur vermeille Qui rit dans le cristal à travers la bouteille, Qu'est-ce?

LE DOCTEUR

' C'est l'élixir de longue vie.

ARLEQUIN

Eh bien, Puisque je veux mourir, cela ne me vaut rien.

LE DOCTEUR

Bon ! tuez-vous d'abord, et dites qu'on infiltre,

Vous mort, entre vos dents, trois gouttes de mon philtre,

Plus dispos que jamais vous ressusciterez;

En revenant au jour quel effet vous ferez !

Par ce trépas galant Colombine attendrie

Vous tend sa blanche main, avec vous se marie,

Et vous avez bientôt, heureux et triomphants,

Comme aux contes de fée, une masse d'enfants !

ARLEQUIN

Grand merci ! si la drogue allait être éventée ? Mais, docteur, dites-moi, par qui fut inventée Cette rare liqueur, dont les philtres si forts Conservent les vivants, rendent la vie aux morts ?

Chez nous, de père en fils, on en sait la recette; Et dep lis cinq cents ans nous la tenons secrète.

ARLEQUIN

Vos grands parents alors ont dû vivre bien vieux ? •

Sans doute vous avez encor tous vos aïeux ?

LE DOCTEUR

Nous ne pourrions jamais hériter de la sorte !

Et, comme de la vie il faut que chacun sorte,

Pour n'être pas contraints de nous assommer tous,

C'est chose convenue et réglée entre nous :

Aux vieillards, à cent ans, l'élixir se retranche,

Et, comme des fruits mûrs, ils tombent de la branche.

ARLEQUIN

C'est très-joli...

LE DOCTEUR

Prenez mon flacon...

ARLEQUIN

Non vraiment!

Je préfère mourir en véritable amant, Et je cours me tuer, au seuil de Colombine, D'un coup de coutelas ou bien de carabine.

Et moi, je vais ailleurs chercher quelque nigaud Qui veuille pour ma fiole échanger son magot.

Le docteur rentre chez lui, Arlequin sort par la gauche. A ce moment, Pierrot paraît au fond du théâtre.

Page 1