SCÈNE XII
Le prince s'approche à son tour, reconnaît Albert, et, se découvrant aussitôt, lui demande l'explication de son étrange conduite et du costume qu'il porte.
Albert se relève, stupéfait et confondu de cette rencontre.
Giselle a tout vu ! Elle est sîire alors de la nouvelle trahison de celui qu'elle aime, sa douleur est sans bornes; elle semble faire un effort sur elle-même et s'éloigne d'Albert avec un sentiment de crainte et de terreur. Puis, comme atterrée par ce nouveau coup qui la frappe, elle court vers la chaumière et tombe dans les bras de sa mère, qui sort en ce moment accompagnée de la jeune Bathilde.
Bathilde s'avance vivement vers Giselle, et l'interroge avec un touchant iutt'rèt sur l'agitation (pi'elle
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('[irouvc. Colle-ci, pour toute réponse, lui montre Albert accnblé et confondu.
— Que v(tis-je?... (lit nalliilde... le iliic sous ce costume!... Mais c'est lui que je dois épouser... C'est mou liaucé! ajoute-t-ellc en désignant l'anneau des fiançailles qu'elle porte à son doigt.
Albert s'approche de Balhilde et veut eu vain l'em- |)ècher d'achever ce terrible aveu; mais Giselle a tout eiileudu, tout compris! La plus profonde horreur se peint sur les traits de la malheureuse enfant; sa tète se trouble, un horrilile et sombre délire s'empare d'elle en se voyant trahie, perdue, déshonorée!... Sa raison s'égare, ses larmes coulent... puis elle rit d'un rire nerveux. Elle jirend la main d'Albert, la pose sur sou cœur et la re[)ousse bientôt avec effroi. Klle saisit l'épée de Loys, restée à teri'e, joue d'abord machinalement avec cette arme, puis va se laisser tomber sur sa pointe aigué, quand sa mère se précipite sur elle et la lui arrache. L'amour de la danse revient à la mémoire de la pauvre enfant : elle croit entendre l'air de son pas avec Albert... Elle s'élance et se met à danser avec ardeur, avec passion. Tant de douleurs subites, tant de cruelles secousses, jointes à ce dernier elY(irt. ont enfin épuisé ses forces mourantes... La vie semble l'abandonner... sa mère la reçoit dans ses bras... Un dernier soupir s'écha])])e du cœur de la
pauvre (jiscllc, elle jette un triste rei^ard sur Albert
au désespoir, et ses yeux se ferment pour toujours !
Batlnlde, bonne et généreuse, fond en larmes. Albert, oubliant tout, cberclie à ranimer Giselle sous ses brûlantes caresses... Il met la main sur le cœur de la jeune iille, et s'assure avec borreur qu'il a cesse de battre.
11 saisit sou épée pour s'en frapper; le prince l'arrête et le désarme. Bertlie soutient le corps de sa malbeureuse fille. On entraîne Albert, fou de désespoir et d'amour.
Lc's paysans, les seigneurs, toute la chasse, entourent et complètent ce triste tableau.
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