‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 164 sur 228 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Eni)niie au plus violent délire, à la plus vive anxiété, il doute encore, il n'ose croire à ce qu'il voit ; car ce n'est plus la jolie Giselle, telle qu'il l'adorait, mais (iiselle la Wili, dans sa nouvelle et bizarre nu'iamorphosc, toujours innnobilc devant lui. La Wili semble ■-t'ulement l'apj cderdu regard. Albert, se croyant sous l'empire d'une douce illusion, s'approcbe d'elle à pas ii'Uts et avec précaution, connue un enfant qui veut saisir un papillon sur une llcur. Mais au moment où il v[e\u\ la main vers (iiselle, jduspronq)te([ue l'éclair.

ct'lle-ci s'éUmco loin de lui, et s'envole en traversanl

les airs comme une colombe craintive, pour se poser à

une autre place, d'où elle lui jette des regards pleins

d'amoui'.

Ce pas, ou plutôt ce vol, se répète plusieurs fois, au grand désesj)oir d'Albvrt, qui cherche vainement à joindre la AYili, fuyant quelquefois au-dessus de lui comme une légère vapeur.

Parfois, pourtant, elle lui fait un geste d'amour, lui jette une fleur, qu'elle enlève sur sa tige, lui adresse un baiser ; mais, impalpable comme un nuage, elle disparait dès tpi'il croit pouvoir la saisir.

Il y reaoïiec enfin ! s'agenouille })rès de la croix, et joint devant elle les mains d'un air suppliant. LaWili, comme attirée par celte mueUe douleur si pleine d'amour, s'élance légèrement près de son amant ; il la touche; déjà, ivre d'amour, de bonheur, il va s'en emparer, lorsque, glissant doucement entre ses bras, elle s'évanouit au milieu des roses, et Albert, en fermant les bras, n'embrasse plus que lacioixdu tombeau.

Le désespoir le plus pioluud senqjaiv de lui, il se relève et va s'éloigner de ce lieu de douleur, lorsque le plus étrange spectacle s'offre à ses yeux et le fascine au point (pi'il est en quelque sorte arrêté, fixe, et forcé d'être témoin de l'étrange scène qui se déroule devant lui.

OISF.l.I.r; 557

Page 1