‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 188 sur 228 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Le théâtre représente les dernières maisons d'un village du nord de la France où déjà l'influence de la Flandre se fait sentir; la brique donne une teinte rose aux murailles; les toits se denliculent en escaliers; les puits sont festonnés de houblon, cette vigne septentrionale ; les moulins ont au col des fraises de charpente, dans le lointain les clochers élèvent leurs flèches à renflements bizarres ; les arbres se mêlent plus nombreux aux habitations, les haies remplacent les murs et les chanii s commencent. Un air de gaieté et de repos indique un jour de fête.

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Un jeune homme, le beau François, Tair alerte et joveux, sort d'un liumble logis en habit de dimanche pour aller à la fête ; au diable l'ouvrage ! il n'est question aujourd'hui (jue de s'amuser avec les gais compagnons et les jolies fillettes. Le vieux Martin son père le suit et lui fait des remontrances; le travail qu'il devait livrer n'est pas termim' encore, le prix aurait servi à payer un créancier impitoyable. — Demain je travaillerai double, car il est dur de pousser le rabot en tablier de cuir lorsque tout le monde se divertit et met ses beaux habits de i'ète, répond François, peu convaincu ])ar l'homélie paternelle.

Le père Martin n'avait pourtant pas tort; un nouveau personnage entre, dont la mine ne présage rien de bon ; ses yeu-x d'oiseau de proie, son nez en bec à corbin, sa bouche en tirelire, ses rides pleines de chiffres annoncent un individu de l'espèce de M. Vautour, un composé d'Harpagon et de Gobseck, un avare et un usurier; en le regardant bien, on lui trouvei-ait un vernis de garde de commerce. Ce casse-noisette de Nuremberg animé est M. Durfort, le créancier du père Martin. « Ah çà, père Martin, voilà assez longtemps que je patiente ; vous allez me payer mon du, intérêt et principal, sans préjudice des frais de poursuite et autres, avant (jue le soleil soit couché, faute de (]U(ii faire, je vous insère délicatenicnt dans

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la [iiison (Hiiir dettes jiis({irà payement iiili-i^ral de la somme. »

L'àpreté de Durfort exaspère François, qui fait des gestes menaçants à rnsurier; celui-ci lui dirait volontiers en parodiant le mot de Thémistocle : « Frappe, mais paye, n Le père, moins bouillant (pie le lils, dcluande un répit pour aller à la ville et tâcher de s'y procurer de l'argent. François, ([ui est un brave cœur, oie son babit, ceint le tablier et se met à l'établi, où il r.ibote et scie de grand courage pour terminer à temps le travail qui peut éviter la prison à son père.

Un coup d'œil jeté par llurfort sur la pauvre maison de Martin lui fait comprendre qu'il ne gagnerait pas grand'cbose à pousser les rigueurs jusqu'aux extrémités, et il laisse sou déliiteur aller tenter fortune à la ville, rassuré d'ailleurs par l'activité avec laquelle François fait filer les copeaux sous sa varlope.

Cependant le village s'éveille et s'anime; la jolie Pâquerette, plus adroite que la Perrette de la fable, arrive portant sur sa tète un pot au lait, qu'elle ne laisse pas tomber même en songeant aux contredanses et aux valses (jue l'orchestre doit exécuter le soir sons la feuillée. Grande est sa surprise en voyant François occupé; elle s'avance avec une petite mine boudeuse et demande au jeune homme si son ouvrage sera bientôt terminé. François fait un signe de déiiégation sans

se déranger. — Pâquerette, contrariée, dépose son pot au lait et s'approche de létabli. — J'espère que tu ne vas pas travailler toute la journée. — Si, répond François, toute la journée. — 0 le vilain laborieux! fait Pâquerette qui, de même que toutes les femmes, ne comprend pas que l'on travaille lorsqu'elle a envie de se divertir : u Et tu ne danseras pas? — Non. a

Ce non fait tomber les jolis bras de Pâquerette; François lui paraît l'être le plus fantasque et le plus barbare du monde : refuser de danser un jour de fête, et avec elle encore, c'est un crime irrémissible. Puisqu'il travaille et ne veut pas danser, François ne l'aime plus. — Cela est sur ! Cette logique toute féminine s'appuie dans l'esprit de la jeune fille sur une preuve irrécusable! Tout préoccupé de sa menuiserie intempestive, François ne l'a p-is même embrassée; plusieurs fois elle a passé près de lui à portée d'un baiser, et il n'y a pas fait attention; son frais col blanc, sa joue en fleur, ses lèvres roses ont fait des avances inutiles. Hélas! François, qui pense aux menaces de Durfort et au malheur de son père, n'a guère le cœur à l'amour; les recors eflarouchent Cupidon ! mais une jeune fille ne peut pas admettre qu'on pense à autre chose qu'à elle.

Les villageois sortent de leurs maisons, joyeux, pa-

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rés, ciirubainiL-s, ileuris ; les garçons en beaux liabits, les jeunes filles en frais cotillons, la jupe courte, et le bas bien tiré ! Tout cela se mêle et se croise et l'ourniille confusément avec rire et babil. Mais pourtant les couples ne se perdent pas ; la main dans la main, le bras sur la taille, on reconnaît les amoureux, toujours seuls dans la foule : les mères s'étonnent d'être perdues à chaque instant par leurs filles, et les vieillards, appuyés sur leur camie, s'émerveillent de voir leurs fils frétiller si prestement dans cette cohue.

Bientôt les groupes se distribuent; ciiacuu s'arrête au jeu ou au spectacle qui lui plaît : le niàt de cocagne savonné se rit des efforts des lourds pays ins qui veulent y gravir, et balance dérisoirement snr leurs têtes sa couronne de timbales, de montres d'argent et de cervelas; le disque roule à travers les quilles abattues, la boule court après la boule et ne se dérange pas, lorsqu'à la grande hilarité de l'assistance, elle rencontre les jambes d'un distrait ou d'un imbécile.

C'est le cas de Job Durfort, tils de l'usurier, grand dadais eftlanqué et ridicule, haut monté sur pattes comme un oiseau de marais, et dont la boule vient d'eflleurer les mollets absents. Pendant qu'il frotte sa jambe, il reçoit un bnllon eu pleine ligure; il se retourne et renverse un jeu de siam : chacun de ses

mouvements est une balourdise et une maladresse, il patauge d'accident en accident ; véritable queue rouge, à qui il ne manque que l'habit écarlate, le chapeau de poil de lapin et les papillons au bout du nez. Ce joli garçon, comptant un peu sur les écus du papa Durfort, se trouve adorable et l'ait pour plaire aux belles; non content d'être idiot, il est avantageux et galantin; c'est -Jeannot, compliqué de Léandre, heureux assemblage! Avec ses prétenlions, il achève en lui la caricature si bien commencée par la nature dans un moment de bonne humeur.

Job porte à la main, non pas un bouquet, mais une botte de ileurs, car il a le don de l'aire paraître burlesques les choses les plus gracieuses et de rendre ridicules même les roses. Il s'approche de Pâquerette en se dandinant et en se rengorgeant. La jeune fille dépitée l'accueille comme toute femme accueille im sot lorsqu'elle veut faire enrager un garçon de cœur et d'esprit, avec un sourire charmant, et accepte son bouquet d'un air ravi, tout en jetant un coup d'œil de côté pour voir l'effet que produit ce manège sur François. Le brave jeune homme rougit, se mord la lèvre et continue à cogner sur ses planches des coups destinés'en idée aux épaules de Job. Pâquerette a réussi à exciter la jalousie de François ; elle est donc toujours aimée !

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Les jeux commencent, les paysans tirent à la cible avec une arbalète, mais les ilèches s'égarent loin du but; aux uns c'est le coup d'œil (jui manque, ;iii\ autres c'est la main. A peine une ilrclie ou deux se sont-elles plantées dans le premier cercle : ils sont si maladroits et si balourds, les pauvres garçons! Job, ipii veut tirer aussi, envoie sa flèclie à l'opposé du but, à la grande risée de la foule. Ali! si François voulait se donner la peine dappuyer laibalète à sa joue et de viser deux secondes, comme il enlèverait le prix à la barbe de ces imbéciles ! Yoilà ce que fout le monde se dit. Pâquerette supplie François du regard. Le prix et un beau collier dor. Le jeune bonmie pense qu'après tout , tirer un coup dans une cible n'est pas bien long; il laisse le maillet pour l'arbalète, se pose, vise, lâche la détente et ii'a^ne.

On lui remet le collier, qui p;isse aussitôt im col de Pâquerette, tout heureuse et toute lière de l'adresse lie son amant et de la parure qu'elle porte, plaisir nouveau pour sa simplicité villageoise; elle abandonne sa jolie main à François, connue pour lui deiuaiuler pardon du tourment qu'elle lui a causé, et Job s'étonne de voir tout à coup si distraite et si froide pour lui, celle qui tout à l'heure lui faisait sa plus coquette révérence et son plus frais sourire. Il ramasse |)iteu-

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sèment son boiujael oublié et tombé à Icrrc, ne comprenant rien au cœur des femmes.

Au tir de l'arbalète succède le jeu des ciseaux ; ce jeu consiste à couper, les yeux bandés, un ruban auquel est suspendue toute une riclic toilette de femme. Les jeunes lilles, un mouclioir sur le nez, comme les amours dans les dessus de porte mytbologicpies, voltigent et tracent des méandres, les bras tendus en avant, faisant grincer l'acier dans le vide et ne coupant que l'air avec leurs ciseaux. Pâquerette, qui reçoit le bandeau à son tour et tente l'expérience la dernière, est plus beureuse que ses compagnes, elle rencontre le lil, le tranche et le prix tombe à ses pieds; le ramasser et l'emporter dans sa maison est jiour Pâquerette l'affaire d'une minute. Elle fuit à tire-d'aile sur la pointe de ses petits pieds, tant elle est impatiente de se revêtir de sa nouvelle parure. N'oublions pas une gaucherie de Job, qui, en voulant s'exercer aussi au jeu des ciseauv, a coupé, au lieu du lil, la vénérable queue de monsieur son père.

Pendant que Pâquerette s'habille, un corlége débouche sur la place, nmsique en tète, avec fanfai'cs et acclamations. C'est une procession dans le goût flamand, composée de quatre chars syudioliques représentant les quatre Saisons, et ornés d'attributs significatifs, tels que fleurs, épis, panqires et rameaux

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argentés de givre. (Iliaque cliar dépose les }»ersoniiages dont il est chargé. La foule se range et quatre entrées de ballets figurent les quatre époques de l'année.

On voit dalionl des laboureurs qui s'alignent, et, posant le pied sur le fer de leurs bêches, font le geste de creuser et de fouir la terre. Des semeuses, le tablier retronssé par un coin, passent entre leurs rangs, et avec des poses de danse, jettent la graine dans le sillon tracé : c'est le Printenqis.

Le grain a germé déjà, les blonds épis élèvent leurs tuyaux d'or entremêlés d'étoiles d'écailate et d'azur l)ar les coquelicots et les bluets. Les gerbes s'écartent et laissent voir les tètes souriantes et vermeilles des moissonneuses : le blé est mûr, les belles lilles se penchent gracieusement, la faucille en main, et les épis tombent en cadence sur le revers du sillon : c'est l'Été.

Les vendangeuses succèdent aux moissonneuses, car la grappe a remplacé l'épi, les hottes se vident, les cuves se remplissent, et le raisin écume sous les trépignements des danseurs : la vendange moderne a des airs de l)acchanale antique : c'est l'Automne.

11 y a. dans le [)arc de Versailles, un vieillard grelottant qui se chauffe les mains à un feu de marbre; c'est une flamm? réelle et brillante qui pétille dans le brasier, autour duquel se groupent nos frileux illu-

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minés de ronges reflets, et se drapant dans leurs nian- ^eanx avec des poses gelées; ils soufflent dans leurs doigts et battent la semelle, tandis que les femmes filent leur quenouille et font tourner leurs liiseaux en se livrant à des jeux mimitpies pleins de grâce : c'est l'Hiver.

Vous pensez bien que François, eu voyant tout ce monde pirouetter, cabrioler cl valser, ne peut plus y tenir, d'autant plus que Pâquerette -vient de reparaître si fraicbe, si rose, si gaie dans sa lirillanle parure, qu'un saint ne résisterait pas à la tentation de danser avec elle. François oublie tout, et la menuiserie, et les créanciers, et les recors; il oie son tablier et sa veste, se revêt de son liabit le plus galant, prend la main de Pâquerette, ravie d'avoir enfin décidé son partenaire, et le pas commenre.

A la danse succède une course eu sac. Les concurrents, enfermés jusqu'aux épaules dans un fourreau de toile, font ])our avan( er les eft'orts les j)liis grotesques. Job est tombé dix fois sur le nez quand François, aussi adroit que vigoureux, a déjà fourni la moitié de la carrière. Mais voici que le père Mari in revient de la ville. François, liouleux d'èlre pris ainsi en flagrant délit, tàclie, eu faisant des soubresauts, d'éviter la rencontre de son père, qui le découvre el luireproclu^ sa paresse et son insouciance. Il n"a pas trouvé d'ar-

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peut à la ville et il aiiporto une inauvaisc tioiivelle. — C'est aujourd'hui qu'on doit tirer à la milice dans le village. Martin précède le recruteur. A cette nouvelle, la fête est suspendue, la consternation est peinte sur tous les visages, les mères soupirent, les pères prennent un air sombre et les jeunes filles serrent tristement la main de leurs fiancés; chacun se sent menacé dans son amour ou son avenir.

Martin n'avait dit que trop vrai; on entend une fanfare de clairon, et bientôt le recruteur Biidoux entre avec sa troupe, suivi du bailli et de ses acolytes, qui portent la roue où sont contenus les numéros. — La roue est installée sur nue table au milieu de la stupeur et lie l'effroi de la foule immoliile et ou procède à l'ajjpel nominal.

Job et François sont du nombre de ceux qui doivent tirer, et certes ni l'un ni l'antre n'a l'ambition de devenir un héros à cinq sols par jour. Ils aimeraient mieux autre chose, épouser Pâquerette et rester an villaiie, par exemple, sort moins brillant, mais plus doux.

Eu |M'évisioii d'un mauvais lumiéro, job arrive clo- |)in dopant, traînant le pied avec la i^ràce d'un faucheux à qui un nioissoimeur a coupé trois jiattes; mais le maréchal des logis Cridoux, qui n'est pas crédule en fait d'inlirmités, examine la jambe de Job, la tàle

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011 tous sens vl ne lui trouve d'autre délaut ({ue do ressembler à une jambe de coq. Job continue à se prétendre infiniment perclus et plus écloppé que le messager boiteux de Bàle en Suisse. Bridoux, qui redoute une ruse, tire son sabre et menace Job, qui, naturellement })oltron et ayant peur des coups plus que de toute autre cbose, se sauve avec des pieds de cerf, d'autruclie et de gazelle, aussi vite que pourrait le faire Almanzor, le coureur dératé de M. le marquis.

Vient le tour de François ; on l'appelle, et comme il u'y a pires sourJs que ceux qui ne veulent pas en tendre, il reste immobile comme un bloc. Bridoux, qui est un vrai saint Tliomas militaire, fait avancer un trompette qui fait éclater brus([uemeiit dans l'oreille du jeune bonime une fanfare plus aigre, plus fausse, plus perçante que les clairons du Jugement dernier qui réveilleront les morts, et que les trombones bibliques qui ont renversé les murailles de Jéricho. François reste impassible : un coup de pistolet tiré inopinément derrière lui n'obtient pas plus de succès; pis un de ses nerfs ne tressaille. Tout autre f[u'un recruteur serait convaincu de la surdité de François : malbeureusement lîridoux a pins d'une ruse dans son sac, et il eu tire une des plus scélérates et des plus ingénieuses. ■ — Toujours derrière le dos du jeune homme, il pi'ond la taille de l'uqiierelte, et,

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inalii'i'c sa ivsistaiico, lui drrolie un baiser... sonorr! L'amoureux, qui était resté sourd aux appels du clail'on et aux détonations d'armes à feu, entend ce petit liruit de lèvres et se retourne ayec une vivacité jalouse : il a trahi son secret! 11 n'est pas plus attaqué do surdité que la princesse Fine-Oreille, qui entend l'herbe pousser dans les prairies. Bridoux se pavane et se rengorge, tout fier du succès de son stratagème, aussi artificieux qu'agréable. François est consterné, et Pâquerette se désole d'être la cause iiniocento du malheur de son amant.

On procède au tirage des numéros. Job, moins chanceux encore que le conscrit de Corbeil qui avait eu le numéro 2, après avoir longtemps tourné les billets, amène le numéi'o 1. — Ce résultat lui cause une désolation comique, qui se traduit par toutes sortes de contorsions et de grimaces.

Vient le tour de François : il amène le numéro le plus élevé; il ne partira pas! quel bonheur! Dans sa joie, il embrasse son père, et surtout Pâquerette, à plusieurs reprises; et Pâquerette le laisse faire : ce n'est pas le moment de marchander un baiser.

Cependant Job se lamente d'un air aussi piteux que son homonyme; et le père Durl'ort, touché de la douleur de son unique rejeton, s'approche de lui et lui dit : (( Pse te désole pas de la sorte; tu ne partiras pas.

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J'ai des éciis; je l'nchèterai un homme. — Voyons, ([ui de vous veut remplaeer mon lils? dit-il, en s'adressant aux garçons qui ont eu de bons numéros. C'est un sort si agréable, que de servir le roi, quand on a du eœur et le gousset garni! «>

Les offres de Durfort ne tentent ni Pierre, ni'.laeques, ni Jérôme; ils aiment mieux rester à cultiver leur petit cliamp entre leurs parents et leurs iiancées, que d'aller porter le mouscpiel [lour quelques écus (|ui seraient bien vile d('pensés.

Il vient à François, (pii refuse également. Furieux de se voir rebuté, même j)ar son débiteur, Durfoi't redemande son dû, en faisant observer que le délai est bientôt passé, et (pTil va insli iimciiler selon toute la rigueiu' de la loi. Le jjère Martin a beau su]i[)lier, demander du temps, Durfort ne veut rien accorder, et fait signe aux huissiers et aux recors de commencer leur besogne.

Alors François, (jui a jiris une graiide résolution et veut sauver son père de la misère et de la prison, s'a})proche de Durfort et lui dit : u Terminons cette affaire ; faites retirer ces honuues... Je partirai à la place de votre lils... » Tous deux sortent; ci liridoux (pii, pendant ce temps, a fiit mettre eu rang les miliciens, au nond)r(! des(|nels se trouve Job, doime le signal du dé|)art; les clairons sonnent, et la petite troupe va se

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luolli'c (Ml inaiLlic, l()rs{|uo Fiaiiçois ifiilrc Iciuuit eu iiiaiii im sac (l'ari^cnt (jii'il donne à son père, que les l'ecors relàclu'Mt aiissitùt, et dit : « Je pars à la place de Job! »

Cette nouvelle fait éclater la "satisfaction la plus vive sur la grotesque face du lils de l'nsurier, et la plus profonde douleiu' sur le cliarniant visage de Pâquerette. Le père Martin a toutes les peines du inonde à contenir son attendrissement, lieiireux et fàelu' de ce sacritico cruel, mais nécessaire.

(i Tu me seras fidèle! dit François à Pâquerette, qui cache sa tète et ses pleurs sur le sein de son amant. — Je te le jure! — Et toi, tu ne m'oublieras pas? — Ta pensée me suivra partout, au bivouac et au champ de bataille... Prends cette petite croix d'or attachée au collier gagné [lar ton adre.-^se, et porte-la en souvt'uir de moi, » dit Pâquerette en sanglotant. François cou- \\v de baisers ce gage de tendresse naïve, le serre dans sa poitrine, et va prendre place dans le rang; la trou[)e part, commandée par Piridoux, tout heureux d'avoir sous ses ordres un boau et robuste garçon comme François, à la place de cet échalas de Job, incapable de foire la guerre même aux poules.

Tout guilleret et tout léger. Job s'approche do Pa- (pierettc et lui otfrc un sucre d'orge [)our adoucir l'aniertume de cette séparation : Pâquerette ne fait pas

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la moindro attention aux iralanteries de cet imbécile, qui pourtant se flatte de faire oublier François et de l'épouser. — Il n'y a que les sots qui aient si bonne opinion d'eu.v-niènics, et souvent ils sont crus sur parole, lorsqu'ils sont riclies. Mais il n'y a pas de danger; Pâquerette n'est pas pour le nez de Job, fùt-il dix lois plus bète et cent fois plus cossu.

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