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devant moi : droite ! gauclie ! au pas s^iniple ! au pas accéléré! Cela ne va pas trop mal, on pourra tirer parti de vous; mais avant de vous rerevoir dans l'honorable corps du Royal-Cravate, il faut que je vois si vous n'avez aucun vice de construction; désliahillezvous.
Cet ordre embarrasse terriblement Pâquerette. Pour donner le change au maréchal des logis et le distmire de cette idée qui trahirait son s.'cret et sa pudeur, hi jeune fille s'empare d'une earalaine et se met à faire l'exercice avec précipitation ; comme l'arme est un peu lourde pour ses mains délicates, elle en laisse tomber la crosse précisément sur le pied du sergent, qui sacre et qui maugrée et revient à sa première idée.
— C'est trop barguigner ; vite, déshabillez-vous : Pâquerette éperdue refuse. — Bon ! je comprends, dit Bridoux en clignant de l'œil ; on est jeune, on est timide; c'est madame qui vous gène, elle va se retirer. Catlierine eu effet s'en va pour ne pas contrarier l'examen. — Maintenant nous voilà entre hommes; à bas la veste !
La pauvre Pâquerette fait un geslcde di'négatiiin.
— Vous èles donc bossu? s'écrie le sergent inq)atienté; à bas ceci ! dit-il en désignant une |)ièce de vêtement encoi'c pins iiulispensal)le (|ue Pâquerette ne
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veut pas quitter; vojaiit iju'elle refuse, il dit : Vous êtes donc baucal?
Et poiu" s'assurer de la vérité, il promène sa main sur la taille de la jeune lille, lui tàte la jambe et lui pince le mollet avec ses gros doigts do recruteur. — Vous me chatouillez! l'ait Pâquerette en s'échappant. ' Ah! vous êtes chatouilleux ? eh bien, soit; ôtez vos habits, je ne vous toucherai pas ; mais, pour Dieu, dépèchez-vous et Unissez ces façons, car je suis diantrement pressé ; aussi bien tout ceci m"a l'air un peu singulier, et vous me faites l'effet d'un drôle de pistolet.
En s'enfuyant. Pâquerette a ouldié d'affecter les allures viriles et s'est trahie jiar un mouvement tout féminin qui n'a point échappé à l'œil soupçonneux de Bridoux, frappé de certaines formes et de certaines ressemblances.
Pardieu! je vous reconnais, vous n'êtes point un homme, mais une jeune tille, à preuve que je vous ai embrassée. Vous êtes mademoiselle Pâquerette, je m'en souviens bien. — C'était au village de ***. Touf s'explique maintenant, vous êtes amoureuse de moi et vous vouliez vous engager dans mon corps. — C'est flatteur, et en récompense de cette idée ingénieuse, il faut que je vous embrasse derechef.
Pâquerette, atterrée, n'a pas le temps de se sous-
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traire aux galantes entreprises de IJridoux. — Par
malheur, François rentre ù ce moment et voit dans
les bras du sergent sa fiancée, qu'il n'a pas de peine à
reconnaître, car si l'amour est aveugle, la jalousie est
clairvoyante.
Comment ! vous ici , s'écrie François, sous des liabits d'homme, en tète-à-tète avec Bridoux ! Est-ce là, perfide, la fidélité que vous m'aviez promise? est-ce ainsi que vous tenez vos serments?
La jeune fille balbutie quelques explications que François ne veut pas entendre, elle s'approche de lui suppliante, mais il la repousse avec nn geste de colère.
On ne brutalise pas ainsi les femmes, dit Bridoux d'un air protecteur ; cette petite est venue pour moi et je ne souffrirai pas qu'on la moleste.
François, outré de fureur et de jalousie, s'emporte contre le maréchal des logis, qu'il accable d'invectives et de menaces, l'appelant traître, menteur, misérable.
Vous oubliez que vous parlez à votre supérieur et que vous me devez du respect, dit le maréchal des logis d'un air majestueux. François, de plus en plus exaspéré, tire son sabre et veut en happer Bridoux. Des soldais et un hiigadier survicnneiil. Bridoux s'écrie : « Je vous j)rcnds à témoin de l'acte diusuboidination qui vient d'avoir lieu. Empoignez-moi ce drôle
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et nie le Iouitoz au cachot en al tendant (jue l'en avise à ce qnc l'on fera de hii. — Les soldats s'emparent de François, le désarment et l'emmènent. — Pâquerette fond en larmes.
Attirée par le bruit de cette scène, Catherine est rentrée, et, s'approchant de la jeune fille, elle lui dit : Malheureuse î voilà le résultat de vos coquetteries ! ce garçon-là sera peut-être fusillé !
Fusillé, grand Dieu! cela n'est pas possible! N'estce pas, monsieur le maréchal des logis?
— Parfaitement possible et même désirable au point de vue de la discipline, répond Bridoux en se rengorgeant.
— Sauvez-le, monsieur le sergent, dit Pâquerette en joignant les mains.
— Cela ne dépend pas d« moi; il a levé la main sur son supérieur. La discipline avant tout ! On est trèssévère dans le Royal-Cravate.
— 0 monsieur ! si vous empêchez François d'être fusillé, je vous iùmerai bien, dit Pâquerette, qui a compris avec son instinct de femme qu'il fallait employer toutes ses coquetteries et toutes ses séductions pour faire évader son amant.
— Vous m'aimerez bien, c'est très-gen'til, reprend Bridoux, mais il me faut des preuves : un maréchal des logis est un homme sérieux ([ui ne se paye point de
4-lH TIIKATIU'. fariboles comme un militaire non gradé. Accordezmoi un rendez-vous, et nous verrons; soyez ici co
soir à sept heures.
Quoi qu'il en coûte à sa pudeur, Pâquerette ac. corde le rendez-vous... la vie de François est en danger, ce n'est jias le moment de faire des façons : elle compte bien d'ailleurs s'esquiver au moment dangc reux.
Un appel de trompette se fait entendre. Kridoux et les militaires sortent. Pâquerette, aussi, va quitter la scène, lors(jue (iatlieriuo la relient par la main d'un air irrité, et lui reproche de venir ainsi enlever les amants aux cantinières, sous prétexte d'engagement. Pâquerette ex[)lique à la jalouse Catherine qu'elle n'a pas la moindre intention à reiidroit de liiidoux, qu'elle est amoureuse de François, avec qui elle est liaucée, et qu'elle a pris des habits d'homme poiu' s'engager dans le régiment et ne plus être séparée de lui. — Si elle a fait des agaceries au sergent, et si elle lui a donné rendez-vous, c'est uniquement dans le but de lui dérober la clef de la prison où François est enfermé. Catherine peut être tranquille. Pâquerette lui laisse tout entier le cœur de Bridoux.
Cette explication cahue la jalouse cantinière. Eh bien, s'il eu est ainsi, je vous aiderai dans vos projets. François est un brave gai'con (pu m'intéivsse, il serait
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dommage qu'il lui arrivât mallieur; ot en même temps je ne suis pas fâchée déjouer un bon tour à ce volage de Bridoux.
— Je serai ici à sept heures, dit Pa(jiiercttc en sortant pour aller changer de costume, car maintenant qu'elle est reconnue, les habits d homme ne peuvent plus lui servir à rien; cachez-vous dans quelque coin, et (piand il faudra je vous appellerai.
L'idée de donner une leçon à Bridoux réjouit la can- ^inière, qui rit en elle-même de la bonne scène qui va se passer. Mais voici qu'un personnage de votre connaissance se présente, long, ridicule, empêtré et effaré! c'est Job. 11 demande à la cantiniè";e si une jeune lille, revêtue d'habits masculins, ne s'est pas introduite dans la caserne. — Oui, elle était là il n'y a qu'un instant. — (irands dieux! serait-elle déjà repartie? — Non, elle va revenir loiit à l'heure. Mais qui êtes-vous pour vous intéresser ainsi à elle? que lui voulez-vous? — Je suis de son village et je l'aime. J'ai suivi sa trace jusqu'ici. — Kh I)ien, vous la verrez, répond la cantimêre, elle sera ici à sept heures.
En ce moment, François montre sa tête aux barreaux de la pi'ison prati([uée sur un des côtés de la scène; Job l'aperçoit et su réjouit de l'incarcération de son rival ; il aura ainsi le champ libre [)0ur ses déclarations galantes et ses entreprises amoureuses, et il
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Sort en exprimant sa joie par des grimaces burlesques. A sept heures il sera là, et fera sa cour à Pâquerette à la barbe même de François, mis en cage comme une bète féroce. Celte sorte de hardiesse sourit beaucoup à. lob, qui n'est pas brave, comme on sait.
Bridoux renlre et tâche d'écarter Catherine, qui fait une fausse sortie.
Sept heures sonnent. Pâquerette arrive vêtue en femme et portant un paquet qu'elle jette à François, par les barreaux, pendant que Bridoux a le dos tourné.
Ici conmience un pas, mêlé de pantomine, oi!i cliaciin des partenaires jjoursuit l'idée qui l'occupe. Bridoux veut enjjjrasscr Pâquerette. Pâquerette veut prendre la clef de la prison renfermée dans la poche de la veste de Bridoux.
Pour suivre la jeune fille dans ses évokitions rapides, le sergent, qui n'est pas un sylphe, ôtc sa veste, quilegène, et la jette sur un banc dont Pâquerette se rapproche par une suite de pas furlifs et de poses coquettes. Dans un bond léger elle fait glisser la veste à terre, et en s'agenouillaiil pour la ramasser, elle tire de la poche la précieuse clef; la clef des chanqis pour François.
Quand elle la tient, elle refuse de se laisser embrasser par Bridoux, qui pdur ménager la pudeur de
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lu jeune lille, sourilc riiiii(|iit' iaiiteriie (jui éclaire la scène, persuadé que dans Icjuibre toutes les \erliis sont grises.
Pâquerette avertit Catherine; lacautiuière sort delà cachette, se substitue à elle, reçoit le baiser (jui était destiné à la jeune fille et revient ainsi à sa légitime adresse. - Bridoux n'en est pas moins ravi.
Pendant ce temps, Pâquerette va à pas de loup ouvrir la porte de la prison à François, qui s'est travesti en paysan avec les habits que sa fiancée lui a jetés tout à l'heure. Au moment où il va soi'tir, passe une ronde de nuit; Pâquerette cache François, qui se blottit derrière sa robe étalée, et la lanterne de la ronde montre le cachot vide et liridouxendjrassant consciencieusement Catherine. A la faveur de l'étounement général, François s'esquive; le maréchal des logis donne les signes de la plus violente colère; et lorsque Job parait, plein de projets séducteurs, on se jette sur lui, on le happe, et on lui fait endosser l'uniforme de son remplaçant évadé. Pâquerette se sauve en riant et la toile tombe.
Les amants doivent se rejoindre dans une auberge éloignée, dont Pa(pierctte a jeté rapidement le nom à François.