‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 192 sur 228 · TU Ê AT 11 E · texte numérisé non relu

TU Ê AT 11 E

dans son coi'ps endormi, cl que le monde du rêve

commence à s'agiter autour de lui avec ses formes

idéales.

Une vapeur grise se répand sur le théâtre ; les objets réels disparaissent, et trois figures mystérieuses sortent du sol, sorcières, fées ou larves, espèces d'introductrices qui mènentràme dans le pays des chimères, huissières à verge du monde fintastique. Elles s'avancent avec des gestes morts et des mouvements immobiles vers le jeune dormeur, dont elles délient la personnalité et ({u'elles dédoublent du fantôme intérieur.

L'esprit de François cède à l'évocation, et quoique le corps reste couché sur le banc, une forme pareille à lui s'avance vers les sorcières.

— Que me voulez-vous? dit le François fantastique aux étranges figures.

— Tu attends Pâquerette, ta fiancée; elle ne viendra pas, mais si tu veux la voir nous allons te conduire près d'elle; suis-nous.

François obéit; mais à peine a-t-il fait quelques pas que la terre s'entr'ouvre sous ses pas et qu'il dis^ parait.

Les nuages, qui pondant cette scène ont amoncelé sur le théâtre leurs flocons opaques, se replient, se dissipent et s'envolent : les murailles enfumées de l'auberge ont disparu, et le legard tout à l'heure

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liorné |)ai' de misérables obstaclos [)longc dans un océan d'or et d'azur, dans un infini lumineux. — Un paysage magique aux eaux de diamant, aux verdures d'émeraude, aux montagnes de saphir, étale ses perspectives bleues connue un Eden de Brcugliel de Paradis. Iles femmes vêtues de robes de gaze blanche, où frissonnent des lueurs d'argent, comme des gouttes de rosée sur des ailes de libellules, sortent des touffes de roseaux et d'iris, ceinture verdoyante, féerique, et se groupent autour de Pâquerette, qui représente ici l'i' déal, la nymphe des premières amours aussi rayonnante pour le paysan que pour le poëte.

Aussitôt que le jeune homme aperçoit sa fiancée, il tejid îes bras vers elle et s'élance pour aller la rejoindre, mais tous ses efforts pour approclier de la blanche vision sont impuissants; la charmante apparition se dérobe toujours par quelque moyen magique; tantôt vive comme un oiseau, elle monte avec des ailes de sylphide au sommet des plus grands arbres, tantôt elle prend les brodequins verts de l'ondine pour courir sans les courber sur la pointe des roseaux, et suivre la volute argentée de la vague sur la rive. François tâche de l'atteindre, et toujours il arrive trop tard : quand Pâquerette est à droite, François est à gauche ; c'est un chassé-croisé plein de fuites et de détours charmants; enlin, pour suprême effort, il gravit un rocher

dont la pointe s'allonge démesurément ; il va saisir la fugitive, mais le pied lui manque, il perd l'équilibre et tombe au milieu du lac. — Cette chute dans le rêve a son contre-coup dans la réalité, le dormeur se réveille. — J'ai rêvé, dit-il en se frottant les yeux et en se dressant de soji banc .

Les paysans rentrent, pensant que le vielleur doit être assez reposé. — Maintenant que vous avez dormi, vous allez nous faire danser, disent les jeunes filles impatientes, en lui présentant sa vielle.

Comme François se dispose à les satisfaire, on en" tend au loin un son de trompette.

A ce son bien connu, François effrayé dresse l'oreille et rejette son instrument sur son dos. — Cette trompette annonce des soldats, il faut que je parte.

• — Pourquoi les craignez-vous? disent les paysans.

— Je ne les crains pas, mais je suis obligé de continuer ma route, répond François.

— Nous ne vous laisserons pas partir ainsi, s'écrient les jeunes filles enentoui'ant François ; il faut d'abord que nous dansions.

Pendant ces débats, le maréchal des logis Cridoux et les cavaliers qu'il conmiande entrent dans l'auberge.

Le malheureux et ridicule Job Durfort, venu si mal" adroitement à la caserne, au moment de l'évasion de

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son rcmploranl, fait partie de l'escouatle; il a l'air tout empêtré et tout gauche dans son harnais militaire, et il emmêle à chaque pas ses grandes jambes avec son sabre; sa mine pâle, abattue, fatiguée, montre qu'il n'est pas iié pour être un fils de Mars, et montre de douloureux souvenirs de la maison paternelle.

— Nous cherchons un soldat du régiment, qui a [tris la fuite, dit Bridoux en s'adressant à l'aubergiste, à (jui il donne le signalement du déserteur. — L'avezvous vu?

— Non, répond l'hôtelier au maréchal des logis. Pendant celte scène, François s'est assis à l'écart et

tâche d'échapper aux regards de ses anciens compagnons d'armes.

Pâquerette, parvenue enlin à l'endroit du rendezvous, entre dans l'auberge assez mal à propos, car, ainsi que le fait judicieusement remarquer Bridoux : (I Ouand on voit la maiti'esse, l'amant ne doit pas être loin. )) Attendons ici, l'alouette viendra d'elle-même se prendre auuiiroir; puis, apercevant le joueur de vielle dans son coin, il l'amène au milieu de la scène en le toisant curieusement et lui ordonne de charmer les oreilles de l'assistance par les sons mélodieux de sa musique.

François, qui a eu soin de se faire reconnaître de P.ujuerettc par quelque signe pour (ju'elle ne soit pas

la dupe de la fausse nouvelle qu'il va débiter, dit à

Bridoux. — Vous cherchez un soldat qui s'est échappé

— Oui, — tu l'as vu? demande avidement le militaire.

— Je l'ai vu, il est mort, répond François.

— Mort! s'écrie Bridoux d'un air incrédule.

— Oui, et il m'a donné cette croix d'or eu me chargeant de la remettre à sa liancée, puis il s'est noyé sans qu'il me fût possible de lui porter secours, car je ne sais pas nager.

Cette nouvelle désole ,Iol), qui se voit définitivement constitué soldat par le trépas de son reuqilaçant ; mais elle ne désole pas assez Pâquerette, dont la f.'inte douleur n'a i)as cette expression naïve qui p3rsuade.

Bridoux, aussi fort sur le cœur humain que sur la théorie, remarque que la mimlipie de Pâquerette n'est pas aussi désespérée ([u'il conviendrait ; et un signe d'intelligence, qu'il surprend entre la jeune fille et le vielleur, ne lui laisse plus de doute.

11 se rapproche lentement de François, qu'il examine avec attention, et marchant droit à lui, il l'ait tomber sou chapeau et lui arrache sa fausse barbe. François est découvert.

« Je te tiens, mon gaillard, s'écrie Bridoux; tu m'as assez fait tiimer. A moi. soldats ! »

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Li's militaires se rangent auloiir de leur chef. François, se voyant [iris, tire de sa poche une tahatière et en h\noe le contenu anx veux de ceux qui veulent l'arrêter. Pendant (|uc aveuglés par l'acre poussière, ils se frottent les paupières, et marchent en se heurtant les uns les autres d'une façon comique, François, suivi de Pâquerette, a disparu et gagné la forêt voisine, où les cavaliei's ne pourront le suivre,

DERMER TARLEAU

Une division de l'armée française occupe Ujhaz, en Hongrie, pendant la guerre du Palalinat. C'est dans cette ville que François s'est réfugié ; il y a acquis une {)elite fortune en exerçant, avec succès, sa profession de menuisier. — Pâquerette, qu'il a épousée, est bou- (juetière.

Quelques seigneurs ont formé le projet d'assassiner les officiers français à la faveur d'une fête que leur donnent les notables d'Fjhaz. — Pâquerette découvre cette conspiration; elle la révèle au général chargé du commandement supérieur, et obtient pour récompense la grâce de 'son mari, qu'un conseil de guerre a condamné à la peine de mort.

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