‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 213 sur 228 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les jeunes filles qui desservent le temple et soignent les fleurs de la forêt sacrée apparaissent portant des vases qu'elles vont remplir d'eau. Sacountalà, fille de la nymphe Menaça et de Wisaoumitra, élevée parles soins de Canoua, le chef des brahmes, entre en dansant et reçoit les salutations affectueuses de ses compagnes.

Elle va, penchant sur les fleurs des madhavis et des sirichàs les urnes que lui pi^ésentent ses amies Priyamwada et Anousouya. Tout à coup, du calice d'une malicâ s'élance une abeille qui voltige autour de la jeune fille la prenant pour une autre fleur. Sacountalà, redoutant l'aiguillon de l'abeille, cherche à l'éviter ou à la chasser.

Ses bonds effrayés la conduisent près du temple, d'où sort Douchmanta, qui fait fuir l'abeille et retient sur son cœur Sacountalà palpitante. De sa retraite, le roi a observé les grâces de la jeune fille, et il sent l'amour s'emparer de son âme.

La présence subite de Douchmanta étonne les jeunes filles, et rend Sacountalà confuse ; elle reste rougissante

474 TllK\TTtF.

o[ 1rs mains croisses sur sa poitrine, mais tli'JM Iroii-

blée par la beauté et l'air noble de l'étranger.

Sacountalà, un peu remise de sa fraveur, interroiie Douchmanta. Le roi lui répond qu'il est un jeune brahmatchari (élève brahme) , qui vient étudier les Vêdas (livres saints) dans la retraite des pieux solitaires. Comme il a dépouillé les insignes de la royauté, cette réponse n'a rien que de plausible

Dès cet instant, Doucbmanta est admis comme un liôte dans la forêt sacrée. Sur l'ordre de Sacountalà, PriyaniAvada, Anousouya et leurs compagnes, après avoir conduit le roi à un banc de mousse, lui présentent des corbeilles de ileurs et de fruits; SacountalA va elle-même puiser dd'eau. et l'offre à Douchmanta, dans une écorce de grenade.

Pendant qu'on lui rend tous ces soins, le roi lixe sur la jeune fille des yeux enflammés; il se lève, se rapproche d'elle, et veut lui exprimer sa passion. Sacountalà l'évite avec une coquetterie pudique, mais il finit par la rejoindre, et danser avec elle un pas de deux, qu'il termine en la pressant sur son cœur, comme ivre d'amour.

s \f;OrNT AI.A. 475

snÈNi: V

In des chasseurs portant l'arc du roi outre sur la scène; il s'incline devant Douchmanta, et lui (lit(|u'uu éléphant furieux rava^ie la forêt. Los tlèclics du roi, qui n'ont jamais manqué leur but, peuvent seules eu avoir raison. A lui appartient l'honneur d'abattre le monstre. Douchmanta saisit l'arc, et s'éloiûiie en faisant signe à Sacountalà et aux .jeunes filles (pi'il reviendra bientôt.

SCK\E VT

Le roi parti, .*^ac(>untaI à redescend la scène, toute pensive. Elle porte la main àsoncœur comme pour eu comprimer les battements. L'amour qui l'agile lui fait peur ; celui qu'elle prenait pour un simple brahmatcharîost un roi puissant. De retour à son palais, sans doute il oubliera liientùt l'humble fille rencontrée dans la foret des ermites. Accablée par cette idée doulou-

reuse, elle se laisse tomber sur un banc de gazon; ses compagnes l'entourent et tâchent de la rassurer ; elles la complimentent sur l'amour qu'elle a inspiré au roi ; mais Sacountalà, oppressée et brûlante, cache sa tète dans ses mains. Pour calmer la lièvre à laquelle elle est en proie, ses amies l'éventent doucement, lu' jettent dos fleurs fraîches, et, voyant le sommeil de.vcendre sur ses yeux, s'éloignent avec précaution sur la pointe du pied.

Page 1