SCENE Yl
FLORINE. r.ELINDI'
FI.ORINE
n la méchante bèto quo cette vilaine vache rousse! elle a enlevé mon bonnet d'un coup de corne, et d'un COU]) de pied renversé le seau de lait dans l'étahle ! Nous n'aurons pas de crème pour le fromaiie, et il faudrait faire deux lieues pour s'en procurer d'autre. Vive Paris, pour avoir ce qu'on veut !
CÉLL\DE, iùvcii>e.
Il doit y avoir opéra aujourd'hui.
FLORI-NE
Oui, et la Rosimène danse le pas de madame dans les Indes galantes.
La Rf sniiène... danser mon pas ! — Une créature pareille... tout au plus bonne à figurer dans l'espalier.
FLOUIiNE.
Elle a tant intrii^iié, ([u'eile a jjassé premier sujet.
LA FAUSSE COiN VERSION. !U ■
CÉLINDE.
(Jiii l'a dit cola? C'est inipossi})lo.
FI.ORINE
Vous savez, ce jeune peintre décorateur qui me trouvait .<:fontille, je l'ai rencontre l'autre jour dans le bois ; il m'a proposé de faire ime étude d'arlin^ d'après moi, et, pendant que je posais, il m'a raconté toutes les liistoircs des coulisses.
CÉLINDE.
Mais elle n'est pas seulement en dehors; elle a volé deux balustres à quelque balcon pour s'en faire des jambes.
FLORINE
M. de Vaudoré fait des folies pour elle ; il lui a donné un hôtel dans le faubourg, une argenterie magnifique de Germain, et, l'autre jour, elle s'est montrée au Cours-la-Reine en voiture à quatre chevaux soupe-delait, avec un cocher énorme, et trois laquais gigantes- (pies par derrière. Un train de princesse du sang !
CÉLl.NDE.
C'est une horreur ! un morceau de chair taillé à coups de serpe !
FLORINE
Quand je pense que madame, qui est si bien faite, s'est ensevelie toute vive dans un affreux désert par
amour pour un petit jeune homme, assez joli, ii c^l vrai, mais sans la moindre consistance...
CÉLINDE, effniyéf.
Florine, Florine, regarde!
FLORINE
Qu'y a-t-il ?
CÉLINDE.
Un crapaud qui est entré par la porte ouverte, et qui s'avance en sautelant sur le parquet.
FLORINE
L'affreuse bête ! avec ses gros yeux saillants, il ressemble à faire peur à M. de Yaudoré.
CÉLINDE.
Je vais m'évanouir ; Florine, ne m'abandonne pas dans ce péril extrême.
FLORINE
Où sont les pincettes, que je l'attrape par une patte, et que je le jette délicatement par-dessus le mur?
CÉLINDE.
Prends garde qu'il ne te lance son venin à la fiiiurc.
FLORINE
Ne craignez rien, je suis brave. Nous voilà débarrassées de ce visiteur importun.
CÉLINDE.
Je respire. Hans les descriptions d'ermitages et de
chaumières, les auteurs ne parlout pas de crapauds ((ui vouleut se glisser dans votre iuliuiité.
FLORIDE
Je l'ai toujours dit à madame, que les auteurs étaient des imbéciles. La campagne est faite pour les paysans et non pour les personnes bien élevées.
CÉLINDE.
Grand Dieu ! une guêpe qui se cogne en bourdonnant contre les vitres ! Si elle allait me piquer !
FLORINE
Avec deux ou trois coups de mouchoir, je vais tâcher de la faire tomber à terre ; nous l'écraserons ensuite.
Elle lue 11 guêpe.
CÉLINDE.
Quel aiguillon et quelles pinces ! C'est affreux d'être ainsi poursuivie par les animaux malfaisants; hier, j'ai trouvé une araignée énorme dans mes draps.
FLORINE
Il faut bien que les champs soient peuplés par les bètes, puisque les hommes comme il faut sont à la ville.
CÉLINDE.
Il me semble que la peau me cuit; j'ai pour d'avoir aitrapé un coup de soleil, j'ai arrosé les fleurs dans le jardin sans fichu.
■lOC. TliÉATIÎ i;.
FI.ORINE
La peau de madame est toujours d'une lilnnclieur éblouissante.
CÉLINDE.
Tu trouves?
FLORIKE.
Ce n'est pis comme cette Rosimène, avec son teint bis et sa nuque jaune ! Je voudrais avoir l'argent qu'elle dépense en blanc de perles et en céruse.
Cl'iLINDE.
.l'entends les sabots de Suzon qui accourt en toute bâte. Il faut qu'il y ait quelque cbosc d'extraordinaire.
Entre Suzon.