SCENE II
(iEORGES, PAi;i,.
PAUL
Personne! — Un vrai palais des contes de Perrault. Et je vais d'nn baiser éveiller en sursaut,
Dans ];i loin- où roncliaîiif> un sommeil létliariiique, La hello au bois dormant de ce logis magique. Diable! quelqu'un!
GEORGES
In bomme ! à cette beure, en ce lien! Que faites-vous ici, monsieur? Parlez, mordieu!
PAUL
Oui, mais n'étranglez p:is l'orateur dès l'exorde. Tiens! Georges!
GEORGES
Paul ! avec une écbelle de corde, En paletot, couleur de uuiraille. — Cbez qui, Par cette ascension de madame Saqui, Croyais-tu pénétrer? — Toujours trop prompt à naître, Gageons que ton amour s'est trompé de fenêtre.
l'A ri..
Tu sauras tout. — Ta main.
Mes bras te sont ouverts.
PAUL
Cber ami!
GEORGES
D'où viens-ln?
i.'AMoii; soiFFi, i: or ii. vr.i'T. i'.>7
rAiir..
Je viens... de l'univers.
Comme Ulysse, j'ai vu les villes et les hommes, .lai perdu des cheveux et j'ai gagné des sommes.
GEORGES
Depuis six ans ton front s'est un peu déplumé.
PAUL
Pour avoir trop souffert, pour avoir trop aimé! Les neveux ont toujours un oncle qui les mate; Le mien m'a revêtu d'un frac de diplomate; ■l'étais né pour porter l'habit bleu de Wertber.
GEORGES
Ce costume, en effet, t'eût donné fort grand air. Avec la botte à cœur et surtout la culotte ; .l'aurais voulu te voir auprès d'une Lolotté Te disant : (( 0 KIopstock ! »
PAUL
Tu ris, mauvais sujet.
Mais l'unique bonheur auquel mon cœur songeait Était un pur amour, à la mode allemande. Pour une vierge blonde, aux doux yeux en amande, Parlant de clair de lune et de vergiss-mein-nicht. Mon rêve, je le vis, un soir, chez Metternich, Qui walsait, à deux temps, avec un feld-zeugmestre. Berçant sa nonchalance au rhythme de l'orchestre. Au second tour, ses yeux dans les mieu'J avaient lu
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Et notre mariage allait être conclu,
Quand mon gouvernement, dans sa faveur maussade,
Pour me faire avancer, me changea d'ambassade :
Il fallut quitter Vienne et me rendre à Madrid.
J'aurais été constant, mais l'amour s'amoindrit
Quand l'objet adoré demeure à huit cents lieues ;
A la fui j'oubliai les petites fleurs bleues
Et la walse et Schubert, — héros de Florian,
iVémorin obligé de vivre en don Juan.
Je faussai ma parole ; hélas ! ces Madrilènes
Savent si bien poser, au bord de leurs grands peignes,
La mantille de blonde! Elles ont de tels yeux
Que le noir de l'enfer y vaut l'azur des cieux!
Casilda n'était pas jaune comme une orange.
Mais elle était charmante et d'une grâce étrange.
J'envoyai des bouquets et j'offris des lionbons ;
Je fis en espagnol des vers qu'on trouva bons.
Un beau soir, je risquai mon aveu. — D'un air tondre.
Sans me répondre rien, elle daigna me tendre
L'œillet rouge piqué dans ses cheveux de jais.
Et je formais déjà mille riants projets.
Quand la fortune infâme, et qui de moi se joue,
Kit sur mou pauvre cœur encor passer sa roue.
Une seconde fois, ce bonheur désastreux.
Qui me poursuit partout, m'empêcha d'être heureux !
J'avais tait un rapport, plein de phrases banales,
I/AMOTR SdlFirr. (Il 11 VF.l'T. l'J!)
Siii' qiii'lqiios questions internat inn;iles;
Le ministre charmé me nomma, le bourreau,
Plénipotentiaire à Rio-Janeiro.
Je refusai, disant ma poitrine affectée,
Mais ma démission ne fut pas acceptée;
Mon oncle prétendit que cela n'était rien,
Et ne me cacha pas qu'il laisserait son bien
A des sociétés pour le rachat des nègres,
Ou pour l'engraissement des danseuses trop maigi'es,
Si je ne m'empressais, par le premier steamer,
D'aller représenter mon monarque outre-mer.
Ce sont là des chagrins qui font chauve avant l'âge.
GEORGES
Officiellement forcé d'èti-e volage,
Pauvre Paul, je te plains; mais je voudrais savoir
Ce qui m'a procuré le plaisir de te voir,
Avec effraction, bris de vitre, escalade,
Meinis détails qui fout en panier à salade,
De Mazas au palais se promener les gens
Quand ils ont par hasard été vus des sergens.
PAUL
Je t'expliquerai tout. — 3Iartyr diplomatique, Pour ce poste malsain et trop transatlantique, Je partis et mes pleurs tombaient au gouffre amer. Du bord où me penchait un affreux mal de mer. Casilda! vainement j'évoquai ta pensée;
no TIIKATRF,
Mon amour se noya pendant la traversée. ' A ses serments encor mon f;iil)le cœnr manqua, Et bientôt je devins épris d'une Ourika. — La Vénus de Milo copiée en él)ène, — Un astre aux l'nyons noirs !
GEORGES
Je remarque avec peine, Paul, que ton idéal, blond primitivement, En courant les cliemins s'est hùlé diablement, A l'Allemande rose, à l'Espagnole brune. Succède une Africaine au teint couleur de prune!
PAUL
C'est le gouvernement qu'il en faut accuser.
Ce nœud un coup du sort vint encor le briser.
Une lettre me vint, de cent timbres salie,
Qui m'annonçait la mort d'un oncle... d'Australie,
Une variété d'oncle à succession,
Imaginée exprès pour ma damnation.
Je reconnus bien là mon guignon ordinaire ;
Mais le défunt était six fois millionnaire.
J'interrompis tout net mon roman africain.
Et par le Washington, clipper américain.
Libre à jamais du joug de la diplomatie,
A Melbourne j'allai cbez Brown et Mackensie,
Fn lions sur ri'('hi(piicr. pondre l't pé|iiles d'or,