C0L0>1BINE
Un deuil ! moi qui voulais mettre ma robe neuve En satin bkni de ciel à paillettes d'argent ! Hue je suis malheureuse!
Fllf iili'iire.
Hi ! hi !
inERROT, à part.
C'est affligeant.
ARLEQUIJN.
Mais cependant ce deuil vous fait libre, madame,
COLOMBINE
C'est vrai. D'ailleurs le noir sied aux blondes...
PIERROT, à part.
Quelle âme!
Quel cœur!
COLOMBINE
Et vous avez la preuve de sa mort ?
ARLEQUIN
Je l'ai.
COLOMBI.NE.
Pauvre Pierrot, lii! hi ! .le raimais i'ori !
PIERROT, à [lort.
Tais-toi; tu m'attendris.
COLOMBI.NE.
11 avait la peau blanche, La taille fine...
PIERROT, à part.
Bien !
COLOMBINE
L'humeur joyeuse et franche.
L'œil pétillant.
PIERROT, ;i pirt.
Très-bien! Qui jamais aurait cni.
Moi mort, que mes beautés eussent ainsi ])arii !
ARLEOriK.
La douleur vous égare : il était maigre, blême. Gai comme un fossoyeur qui s'enterre lui-même ; Et, quant à cet œil vif qui vous semble si beau. Dans sa face de plâtre on eût dit un pruneau!
PIERROT, à [larl.
Drùle!
COLOMBI.NE.
Au fait, il avait le regard noir et louche, Et certain tic nerveux dans le coin de la bouche...
PIERROT POSTllVME. 189
riEni'.OT, il part.
Tii quoque. Brute!
ARLEQUIN
L'àmo rtait digne du corps !
Il ne viilait pas mieux au dedans (ju'au dehors : C't'rait nu |iai'essenx.
COLOMBl.NE.
Un gourmand.
ARLEQUhN.
l'n ivrogne.
COLOMBl-NE.
l'n poUron.
l'n voleur.
COI.OMBISE.
Un hâbleur sans vergogne.
ARLEQUIN
l'n tort juMre sujet.
COLOMBINE
Pitoyable.
PIERROT, à part.
Parbleu !
.l'ai bien fait de mourir, puisque je vaux si i)en !
ARLEQUIN
Mais laissons de eùtt' cette triste mt'inoire. l»iles-moi. nraimez-vous. malgrr ma lace non-'^'''
COLOMniNE.
Cela me changera, mon drfunt rtait blanr ; Foin ilnn nouvel ('poiix à l'ancien res>em1)l;iiil !
PIERROT, ;i part.
Coquine !
ARLEQUIN
Je puis donc sans qu'elle me repousse A mes lèvre>i porter ta main fluelte et douce?
f.0L0JI^!l^■E. Portez,
riERHOT, à part.
liai !
ARLEQUIN
Sans frayeur tu verras mon museau Mi'ttre un baiser d'ébène aux roses de ta peau?...
COLOMBINE
.le suis brave, essayez...
l'cudanl le couplcl qui suit. Arlequin caresse Tolombinp. PIERROT, à part.
Ah ! la chienne ! ah ! l'infâme !
Mais que dis-je? Moi mort, elle n'est plus ma femme; Elle est veuve. J'allais f^iire un coup maladroit : D'embrasser Aile(piin, certe, elle a bien le droit; Comme ils s'aimmt ! J'ai là dans ce Ilacon la vie. Si je le dcboucbais ! Non, chassons cette envie; Un mari n'i'st tronipi' (pie lorsqu'il est vivant.
l'ILlîKOT l'OSTIllME. 191
La soèiio i-liaiiHi" Inrt, jocduis ris(jiic eu lm\;iiil |)e 1110 rc'ssusi,'il(M' [)ivcisi'iii(.'iit pour ôtre... lÎL'stons morl, cost plus sur. . . saut'plus tard à rcuaitrc.
COLOMBI.^E.
Calmez-vous, Arlequin.
ARLEQUIK.
Non, encore un baiser !
COLOMBI.NE.
roinl.
AELEQUIX.
Si fait, rien (pruii seul!
COLOMDI.NE.
Voulez-vous lue laisser !
ARLEQUIN
Non.
riERROT, àpai-t.
Arle([uiii va bien; je suis content en somme, Et jai pour successeur au moins un galant homme.
COI.OIIBLNE.
I.ourez chez le notaire afhi de le prier De dresser le contrat et de nous marier; O) sera de vos l'eu.v la jjIus croyable preuve.
Arlequin sort.