‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 100 sur 113 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

LE CONTEUR lisant.

Lore était douce et blonde aux yeux comme !e miel.

Sa beauté consolait et faisait croire au ciel

Et son regard troublait comme une aigue-raarine

Vue au fond de la mer. Le long de sa poitrine

Ses cheveux roux coulaient en ruisseaux orfi'-vrés,

Et tel était l'éclat de ses beaux seins nacrés

Qu'en la voyant passer on croyait^-voir l'aurore :

Et tous jusqu'aux plus gueux aimaient, désiraient Lore.

Elle obsédait les nuits des fils et des maris.

Son image hantait le sommeil des proscrits,

Et sous ses longs habits de brocart et de soie

Elle était le scandale et l'orgueil et la joie

De tout un peuple épris, fou d'amour, envoûté

De sa chair, de ses yeux, dévot à sa beauté

Comme un prêtre est dévot à la vierge Marie.

Lcre était courtisane et sa robe fleurie

Pour un heureux amant s'entr'ouvrait chaque nuit :

Le jour elle versait à l'empire ébloui

L'ivresse de sa grâce et de sa beauté blonde;

Lore était le sourire et le printemps du Monde.

Le fond du tliéàtio s'éclaire; la place d'un marchi'i dans une vieille ville des bords du Rhin se découvre, noire de peuple : une houle de tètes humaines et de bras levés occupe toute la scène ; à gauche, sur le devant de la scène, l'escalier et les piliers de la maison de ville; toits pointus et tourelles à pignons ;'i l'horizon.;

276 THÉATIIE

DES VOIX

A riiurl! la gouge, àmoit!

UN HEITRE, achevai.

Holà, les Brabançons, Dispersez-moi ces gueux; sus aux mauvais garçons!

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