‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 49 sur 113 · LES FEMMES · texte numérisé non relu

LES FEMMES

Oui, continuez, nourrice.

MAHEUDE

Comme un enfant pleurait dans la pièce voisine et un pressentiment serra la reine au cœur. Quoique encore bien faible, elle trouva la force de se traîner hors de son lit, de traverser la chambre où nous dormions et de pousser la porte.

Au beau milieu de la pièce, la plus vieille des sagesfemmes, qui Favait assistée, se tenait assise auprès du berceau royal. Dans le berceau, sous un be'guin de soie blanche fleurdelisé' de perles, c'e'taienl les yeux ouverts, les yeux énormes, les yeux énormes et cerclés d'or de la crapaude hallucinée. Ses petites pattes palmées tenaient sur sa poitrine un rameau de buis vert. Etrange berceau, la vieille garde le balançait du pied et chevrotait sur un air très ancien ces mystérieuses paroles.

(Tci Maheudese lève et, comme somnanbule. les yeux fixes, ne dit rieu. C'est la bête accroupie sur la fenêtre qui chante.)

Les tiens te dédaignent

El tu meurs d'auiour.

Tes grands yeux qui saignent.

Riront-ils un jour?

Chacun te croit laide.

Ma douce beauté Queùt faite adorable In peu de bonté.

Ton œil rond qui pleure Les remplit d'etlroi :

La vie est un leurre Et le cœur a froid.

Les tiens te dédaignent Et tu meurs d'amour, Tes grands yeux qui saignent Riront-ils un jour?

MAIIEUDE, se rasscynnl brusquement, toujours de sa voix jomnambule.

La leine, qui la savait morte, poussa un grand cri et

tomba raide.

(La bête disparaît. Toutes les femmes effarées se sont levées et entourent Maheude.)

MENGEOTTE

>\ourrice, qu'avez-vous, nourricel?

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