‹ ThéâtreChapitre 25 sur 116 · LE VIEUX JARDINIER · texte numérisé non relu

LE VIEUX JARDINIER

Oui, seigneur intendant.

nos tapissiers disposent un lapis sur les de^'rés de la porte, des jardiniers se nielteul l'i ratisser les feuilles mortes, les îiutres à orner la porte de chèvrefeuilles et de branches de houx.)

PRISCA

Je l'aurais deviné. Front rogue et ton fendant, Tout bouffi d'importance et de ^Taisse blafarde. C'est un cuistre.

L'INTENDANT

Et malheur à qui de vous s'attarde Et s'amuse à l'ouvrage.

(Apercevant Camillus et Prisca.)

Hé! qu'aperçois-je là?

Un joueur de guitare et son compère ?

(Les interpellant.)

Holà!

Les manants, décampez. Hors d'ici, les bohèmes! Allez chanter ailleurs les airs de vos poèmes. Mort Dieu, vous n'avez pas le cœur prompt à l'effroi De prendre pour chenil le domaine du Roi!

CAMILLUS, se levant.

Le domaine du Roi?

L'INTENDANT

Faites vite, qu'on sorte.

(A un menuisier qui lui présente une forte planche pour la porte.)

Oui, ce vieux châtaignier fera très bien la porte.

(A Camillus et Prisca.

Vous m'avez entendu, décampez.

GAMILLUS

Et pourquoi.

S'il vous plaît?

L'INTENDANT

Pour rester êtes-vous fils de Roi?

GAMILLUS

Peut-être...

L'INTENDANT

Roi déchu, dont les sujets par bande Vont pillant le marchand attardé dans la lande... De connaître un bandit je suis vraiment charmé.

LE JARDINIER, à l'intendant.

Prenez garde, seigneur. Le plus jeune est armé.

PRISGA, à Gamillus.

Prince, modérez- vous: on peut nous reconnaître.

L'INTENDANT, montrant sa baguette.

Pour fustiger ces gueux j'ai mon bâton de hêtre.

s 'avançant sur eux.) Allons, assez causer. Au large, les vauriens!

PRISGA, saluant.

Seigneur, ayez pitié de deux musiciens.

Nous avons en passant trouvé la porte ouverte Et nous sommes entrés; la cour était déserte. Nous méditions, assis sur ces degrés moussus. Car nous avons jadis connu des jours cossus.

YANTHIS 93

Malgré notre air fantasque et nos capes en pièces, Nous avons autrefois courtise' des duchesses. Nous vivons aujourd'hui de la bonté des f;ens; Mais nous ne redoutons ni juges ni sergents. Le ciel n'est pas plus pur que nos âmes sont pures.

L'INTENDANT

C'est bon... je vois, messieurs les coureurs daventures,

Que votre ton hautain s'est un peu radouci.

Allez, et que la Reine en arrivant ici

Ne vous y trouve pas traînant votre semelle.

(Il leur tourne le dos.)

PRISGA, joyeux.

La Reine vient ici, la charmante nouvelle!

Nous allions vers la Reine, elle s'en vient vers nous.

L'INTENDANT, aux tapissiers.

Vous e'tendrez ici les deux tapis indous.

(Il monte le perron.) Des coussins sur ce banc.

(Montrant le cèdre.)

Et parmi ce feuillage Ce...

PRISGA, s'approchant, sur la pointe des pieds, de l'intendant. Le Roi Léontès est aussi du voyage ?

L'INTENDANT, machinalement.

Le Roi.. .non.

(S'apercevant que c'est Prisca.)

Mais comment, vous êtes encor là?

PRISGA, très humble.

Doux seigneur, écoutez ma requête. Voilà Ce dont il s'agit; ce parc et ce morne domaine N'ont rien de bien vivant pour charmer une Reine. Seigneur, que diriez-vous si deux musiciens, Deux joyeux compagnons, diseurs de jolis riens,. Donnaient à Son Altesse une galante aubade ?

L'INTENDANT, rogue, debout sur le perron.

Bon moyen d'irriter les nerfs d'une malade!

Après tout, c'est à vous de voir son médecin ;

Moi, qu'un fredon joyeux soit salubre ou malsain,

Ce n'est pas mon affaire... un vieux myrrhe accompagne

La Reine, voyez-le. Moi, je suis en campagne

Pour préparer le gîte et le coucher royal.

Bonne chance.

(Il entre dans l'habitation, suivi de l'escouade des tapissier» chargés d'étoffes et d'aiguières de prix.)

PRISGA, saluant.

On n'est pas plus courtois.

GAMILLUS

L'animal!

(Durant cette scène, des tapis indous ont été étendus sur le perron, des coussins et des étoffes sur le banc, et dans le cèdre un grand vélum de pourpre aux armes royales; maintenant on ouvre les volets de l'habitation et les jardiniers'continuent à approprier le parc)

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