ACTE PREMIER
La scène se passe en France. Une rue de village avec perspective. — Au fond, un puits. — Au premier plan, un banc. — A droite, la maison de Lucetle, la mercière. — A gauche, la boutique du drapier Narcisse avec une potence, où pend un écriteau sur lequel on lit :
NARCISSE jeune
Successeur de sa Tante
AUX 000000 d'or.
Gros et détail — Draps d'EIbœuf
et de Louviers — Flanelles, lisières, grosseries
Vente à l'aune et au maître.
.1 H lever du rideau, Narcisse, le drapier du village, se tient sur le pas de sa porte.
Il est petit, malinfjre et très jaune de visage.
Arrireïit d'un côté, Landry, le charbounier, et de l'autre, Vincent, le meunier du pays.
L'un porte sur le dos un sac de charbon de bois, l'autre nne culasse de farine.
Inus les deux se dirigent vers la maison de Narcisse et près de la boutique laissent tomber leurs fardeaur.
Bonjour, mes amis ! leur dit Narcisse. Ces provisions arrivent fort à propos.
Pour les remercier, il tend la main droite au meunier, la main gauche au charbonnier.
Vincent et Landry lui secouent les mains atec force.
Lorsqu'il les retire, Narcisse s'aperçoit que l'une est toute blanche et l'autre toute noire.
Il fait la grimace et, instinctirement, s'essuie à son habit qui se macule également de blanc et de noir.
Puis il sort sa tabatière et l'offre à ses amis. Ceux-ci refusent en alléguant qu'ils n'ont pas les doigts propres. Narcisse prend une prise, éternue et se mouche dans un mouchoir jaune.
Pendant ce temps, Landry et Vincent sortent de leurs poches un mouchoir et s'essuient le front baigné de sueur, le premier avec un mouchoir noir et le second avec un mouchoir blanc.
Vous avez bien chaud, mes amis, dit Narcisse. Entrez chez moi boire un coup pour vous rafraîchir. J'ai d'excellent cidre.
Vincent et Landi^y répondent que ce n'est pas de refus. Ils ont très soif.
Ils entrent dans la boutique de Narcisse.
A ce moment, apparaît le tambour, qui est le crieur officiel du village.
Il porte un coupe-choux, un bonnet de police et une veste courte.
Derrière lui, marche un petit polisson du pays, il paraît très fier de le suivre.
Le gamin est en bras de chemise; une ficelle retient son pantalon, où passe par le fond un bout de chemise.
Il a mis sur sa tète un bonnet de police en papier.