ACTE PREMIER
Mais Narcisse est revenu en habits du dimanche.
Il voit le manège de Lucette, s'approche d'elle, à pas de loups, s'arrête un instant, la contemple, puis va à elle, tandis que Lucette continue à se mirer dans l'eau du seau.
Vous êtes bien mignonne comme ça, lui dit ISarcisse, se tenant derrière elle. Jamais leau ne reflétera un I)lus joli visage.
LiTCETTE, un pcu dépitée d'être surprise, fait la moue, en se retournant.
Oh ! monsieur Narcisse. Ce n'est pas bien Je me faii'e peur ainsi !
Elle prend sa cruche et veut s'en aller.
NARCISSE s'efforce de la retenir par d'aimables compliments.
Voyons, mademoiselle Lucette, pourquoi partir ? Vous me fuyez toujours.
Alors, si vous voulez que je reste, pas de déclaration !
NARCISSE
J'ai tant de plaisir à vous voir, à causer avec vous.
C'est possible, mais...
NARCISSE
Je vous aime.
Moi pas.
NARCISSE
Vous êtes si jolie.
LUCETTE, répondant arec espièglerie.
Vous pas. Tenez, regardez-vous dans le seau.
NARCISSE
Méchante ! Vous êtes cruelle !
LUCETTE, radoucie et avec regret.
Mon bon Narcisse, mon cœur est pris.
Et désignant le sac de farine.
C'est celui qui vous a porté ce sac que j'aime, et que j'aimerai toujours !
NARCISSE
Toujours ! mais il va peut-être vous quitter bientôt. Tenez regardez cette alTiche. Lisez-la.
Lucette va précipitamment à l'afjiche et la lit en soulignant chaque mot avec son doigt.
FJle se retourne. Elle a les larmes aux yeux, puis revient vers Narcisse et lui dit avec tristesse :
Voyons, ce n'est pas possible ! Vincent ne peut pas partir.
NARCISSE
Ce n'est pas ce que dit l'afTiche.
Vincent aura un bon numéro.
NARCISSE
Qui sait ? Mais moi aussi je dois aller tirer ! (Il sort sa montre, et la regarde.) Il est l'heure. Je ne suis pas inquiet. Bon ou mauvais numéro, je m"en moque. J'ai de l'argent. (Il frappe sur son gousset.) Je suis tranquille ! A bientôt, Lucette. Adorable fdlette !