SCENE CINQUIEME
SUZANNE
Qu'y a-t-il?... vous m'effrayez.
Je ne suis pas fou ?... non !
PHILIPPE
Ne nous fais pas poser, voyons !
RAOUL
Oh! j'en ai la gorge sèche!... Je préfère que tu lises, toi... (Lui passant le journal et lui soulignant du doigt le passage à lire.) Tiens... là !
PHILIPPE, Usant.
(( On se souvient du Houtcnant Olivier Desroches, (( chargé par le gouvernement d'une mission en Afri- (( que centrale ; on n'avait pas eu de ses nouvelles (( depuis trois ans. Il passait pour avoir été massacré, (( ainsi que ses compagnons, par les Touaregs. Il n'en ;( était fort heureusement rien. Le hardi explorateur [( a su triompher de tous les obstacles, échapper à ( tous les périls, et est revenu ces jours-ci à Saint- [( Louis, après d'inénarrables aventures. On annonce « son prochain retour en France. »
SUZANNE, qui a écouté très émue cette lecture. Ah ! c'est mal, ce que vous faites.
PHILIPPE
Quoi?
SUZANNE
Vous vous mettez à deux pour vous venger de moi. C'est mal. Je n'ai pas cherché, moi, à vous faire de la peine; j'ai simplement voulu vous décourager. Vous,
vous me punissez cruellement d'une bien innocente plaisanterie.
Mais, pas le moins du monde. Philippe n'a rien lu qui ne fût imprimé.
SUZANNE
Il se pourrait ?
PHILIPPE, tendant le journal.
Voyez vous-même.
SUZANNE
C'est sérieux?
PHILIPPE
Je vous le jure.
Il insiste pour lui faire prendre le journal. SUZANNE, le repoussant.
Oh ! Je vous crois, maintenant.
RAOUL
Quel dénouement... imprévu 1
SUZANNE
Oh ! que je suis heureuse !
RAOUL
Nous devons faire contre fortune bon cœur et partager votre joie, Suzanne ; mais votre bonheur ruine définitivement nos plus chères espérances.
PHILIPPE
Il ne nous reste plus, à tous deux, qu'à porter le deuil de nos illusions et à nous exprimer mutuellement nos sincères condoléances.