‹ ThéâtreChapitre 85 sur 156 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

DON JUAN, hausse les épaules.

Après moi, la fin du monde !

La statue fait signe qu'il n'a pas de cœur et que Dieu le châtiera.

DON JUAN, interdit un instant, se courbe sous cette menace, mais il se redresse bientôt.

Trêve de remontrances, et vive le plaisir et la joie ! Commandeur, prenez, au centre de la table, la place d'iionneur, entre ces deux dames !

La statue lui indique de nouveau que la colère du ciel l'écrasera.

DON JUAN, d'tin air dégagé.

Cest mon affaire. Nous verrons plus lard. Pour le moment, à table !

La statue hésite ?/» instant, mais elle se décide à accepter l'invitation. Lentement, à pas comptés, elle se dirige vers le siège qui lui est réservé, prie les courtisanes de s'asseoir et tombe elle-même sur son tabouret, comme une masse, entre llosaura et Sylvia, hésitantes d'abord, curieuses ensuite. Don Juan, le comte Prospero et Don Luis prennent place à leur tour autour de la table.

SGANARELLE

En voilà bien dune autre. La statue va souper !

DON JUAN

Allons ! A boire!

Sganar elle prend des mains d'un page une buire et s'apprête à remplir le haut vidrecome de Don Juan.

DON JUAN

Non. Il faut servir d'abord le Commandeur ! Sganarelle veut obéir, mais la statue reste impassible, tenant toujours à la main son bâton de Commandeur.

DON JUAN

Vous refusez. Parbleu ! C'est faire injure à mon vin. Eh bien ! pag-es, à nous tous de nombreuses libations !

Sganarelle elles pages, avec leurs aiguières, emplissent les hanaps que les conviées leur tendent.

DON JUAN, prend son hanap, en aspire le parfum.

Voyez comme sa couleur est charmante. C'est un nectar digne des dieux. Avec lui la vie parait une agréable chose, je bois à votre santé.

Tous les convives portent un toast à la statue.

sYLviA, au Commandeur.

Soyez gentil. Faites comme nous! (Elle lui présente sa coupe.) Goûtez-y. (Frappant sur son épaule et le regardant sous le nez.) — C'est étonnant, il ne bouge pas !

ROSAURA, même jeu, élevant sa coupe aux lèvres du Commandeur.

Ce vin réchaufferait un cœur de marbre et le rendrait amoureux. Laissez-vous tenter.

La statue, sans quitter son bâton, tourne la tête de droite à gauche et refuse par trois ou quatre a non! » très accentués.

SYLVIA

Que faut-il pour vous décider ? Tenez, je remplis cette coupe de baisers et je vous l'offre, avec mon amour !

La statue la regarde, son œil s'anime. Elle sourit légèrement. On voit quelle lutte, mais elle semble faiblir, tout en résistant à de nouvelles avances de Sylvia. Tout

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