‹ ThéâtreChapitre 87 sur 156 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

DOiN JUAN, se levant.

Tous mes compliments. Maintenant, seigneur, vous êtes un domi-diou !

La statue dodeline la trte d'un air guilleret, embrasse les mains de ses deux voisines, et leur fait des agaceries de toutes sortes.

DON JUAN, indiquant le fond de la scène. Javais là des musiciens. Ils ont décampé comme des pleutres. Nous pourrions les remplacer par une chanson de Rosaura.

La statue, qui a mal compris, demande à Sylvia de dire une romance.

SYLVIA

Moi, je danse. C'est Madame qui chante.

La statue s'excuse, se retourne vers Rosaura et l'invite à son tour.

ROSAURA, se lève.

A vos ordres, je suis prête.

DON JUAN

Qu'on m'apporte une mandoline pour accompagner la divine Rosaura.

CHANSON DE ROSAURA

Je vais chanter le vin ot lamour :

Voici l'amour : Elle envoie d'abord des baisers et à droite met la main sur son cœur.

Elle prend ensuite une coupe, la remplit, la respire et la vide à petites gorgées. Voilà le vin.

Le vin qui rit dans ce hanap est exquis. Une fois, deux fois. C'est bien ; la vie paraît en rose. Mais

ne LA STATUE DU COMMANDEUR

après ? Trois fois, quatre fois, c'est beaucoup. A la cinquième rasade, la raison s'égare. La vue se trouble. Il faut s'arrêter. On a mal à la tête.

L'amour est un plaisir suprême. Les baisers sont charmants : tous, le premier Jusqu'au dernier. Un, deux, trois, quatre. On peut recommencer sans danger. Le cœur est toujours en fête.

L'ivresse de l'amour vaut mieux que celle du vin. On ne s'en lasse jamais.

La statue accompagne la romance, en faisant des roulades et en battant la mesure avec son couteau. A la fin elle applaudit et demande à Rosaura de recommencer.

ROSAURA

Commandeur, êtes-vous satisfait ?

La statue se lève, [et, pour la féliciter, lui prend le menton et va même jusqu'à lui piquer le corsage du doigt.

SYLviA, scandalisée.

Il va bien, le Commandeur!

SGANARELLE

Il a trop entonné. Il ne sait plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait.

La statue s'adresse à Rosaura et l'invite à danser, maintenant, au son des castagnettes.

ROSAURA, désignant Sylvia.

Ce n'est pas moi, c'est Madame qui danse.

La statue, vexée de son étourderie, se frappe le front, laisse retomber sa main de pierre sur la table et se casse le petit doigt. Elle parait fort désolée et montre sa main incomplète. Elle prend le doigt brisé et, avec un peu de salive, le recolle. Puis, réparant la bévue qu'elle vient

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