ACTE III, SCÈNE IX 3IJ
(A Siryès.) Demandez à Fabre d'Églantine les admirables mots qu'il destine à glorifier les saisons, et où il fait chanter l'âme de la Nature dans les cadences du langage. . . (A Fabre d'Églantine.) Dites un peu!... La chose en vaut la peine.
F.\BRB d'ÉGLANTINK.
Vous direz mieux que moi.
THÉROIGNE
Sieyès, pesez cela dans votre sentiment de l'art : pour l'automne, une mesure de son moyenne : vendémiaire, brumaire, frimaire; l'automne est grave avec ses feuillages roux et ses fruits mûrs qui tombent. Ensuite : nivôse, pluviôse, ventôse. La mesure est longue comme l'hiver. Mais voici le printemps : germinal, floréal, prairial, un son gai, une mesure brève, comme le printemps. Messidor, thermidor, fructidor, ce sera la mesure large de l'été, aux sonores lumières! (A Fabre d'Églantine.) Ai-je bien traduit vos intentions, mon beau rimeur?
FABRE d'Églantine.
Théroigne, quand j'écoute les magies de votre voix, quand je vous regarde ainsi drapée, avec vos yeux d'illumination, vous me semblez
314 THEROIGNE DE 'ÎERICOURT
l'allégorie vivante de nos espérances sociales; et, dans votre pas, je vois la Révolution, bienfaisante et hardie, qui marche...
THEROIGNE.
Homme de théâtre, cher flatteur, taisez-vous !
SCE'H^E X Les Mêmes, ROSE.
ROSE
Le citoyen Santerre fait dire que la formation des colonnes d'attaque l'a retenu, et qu'on est maintenant parti de la place de la Bastille vers les Tuileries.
THEROIGNE, assombrie.
Je m'égarais. La réalité se rappelle à nous.
(Indiquant la salle à manger à Roviiiie et à Fabre
d'Églantine.) Allez faire savoir à nos amis où en sont les choses.
(Rose s'est retirée. Rotnme et Fabre passent dans la seconde pièce.)