‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 6 sur 220 · ACTE I, SCÈNE III I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III I

GUILLAUME

En effet! Je n'écoutais que ma passion. Je me suis exagéré l'écho qu'elle peut avoir en vous!

MARIANNE

Pourquoi ce ton de reproche et d'amertume?... Lorsque vous m'avez offert de nous marier, je vous ai accueilli avec reconnaissance, avec tendresse. Mais, en même temps, je vous prévenais que vous songiez ainsi à vous donner une compagne dont les élans aveugles, les enthousiasmes fous, étaient restés aux ronces de son chemin...

Je le reconnais : vous ne m'avez promis qu'un fidèle dévouement.

MARIANNE

Ce que mon cœur pouvait recouvrer, je vous bénis de me l'avoir rendu. J'en étais à la conviction que, sauf d'élever mon fils, je ne serais plus heureuse de rien. Vous m'avez vite persuadée que je pourrais l'être encore de faire votre bonheur... Ce n'est pas tout : vos flatteries ont bientôt ranimé mon pauvre orgueil,

14 LE DEDALE

ces chères vanités de la femme que je croyais qu'on m'avait tuées. Mes idées devant vous, mes phrases pour vous se sont remises à faire de la toilette. L'impatience de vous attendre, la joie de votre présence, vos protestations, vos soins, sont devenus comme des fleurs quotidiennes, qui ont recommencé de sentir bon dans les heures de ma vie...

GUILLAUME

Marianne!...

MARIANNE

N'est-ce là que du dévouement, sans rien de plus vif ni de plus doux?

GUILLAUME

Ah ! je suis sans doute ingrat, injuste, trop exigeant! Mais c'est que, moi, je vous adore avec la frénésie d'un premier amour!... Avant de m'être rapproché de vous, je ne me doutais pas que l'on fût sujet à concentrer sur un être unique tous ses rêves et tous ses appétits, tous ses délicieux espoirs et tous ses besoins de sacrifice. Il m'a fallu vous connaître pour apercevoir de quelles nuances subtiles, de quels chastes raffinements est composé ce qui mérite de s'appeler une Femme ! Et vous m'avez en-

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