ACTE IV, SCÈNE V
Je manque de compétence sur les combinaisons qui se présenteraient, pour vous, à Paris ou en France. Je ne m'entends qu'aux affaires de chez moi... Avez-vous quelques notions d'anglais ?
MARIE-JEANNE
Il le parle admirablement.
STANGY, à Didier.
Une idée, tout à l'heure, m'avait traversé l'esprit; mais^ en la fouillant, j'éprouve quelque scrupule à vous la soumettre. Comme je n'envisage pas d'envoyer cette fragile petite personne s'acclimater au Tropique, suis-je autorisé à vous offrir une tentation qui, pour un certain temps, vous ravirait à elle ?
MARIE-JEANNE
Si vous avez en vue une position avantageuse pour Didier, si vous avez un moyen de lui rendre la confiance en son travail, la foi dans la réussite et toute cette fîère ardeur qui était ma joie, ah ! monsieur, parlez sans hésitation !
STANGY.
Alors, voici : j'ignore quand je retrouverai
du goût à retourner au centre de mes entreprises. Elles sont organisées de telle sorte qu'elles marchent actuellement sans moi, avec des contre-maîtres, des régisseurs, un intendant. Mais je suis avisé qu'il me manque pardessus tout, là-bas, un homme qui joindrait à des capacités techniques la plus attentive probité : tel que vous m'êtes recommandé par madame Revel, j'ai pensé à vous.
DIDIER
Monsieur, je reconnais profondément l'excellence de votre intention. Je sais aussi que, toute chance de relèvement, je dois m'empresser de la saisir. Mais, lorsqu'il est question de quitter ma femme, vous comprendrez, vous excuserez...
Si c'est cependant la fortune qui vient à vous, pour dans un laps de temps assez court, ne sauriez-vous, l'un et l'autre, avoir une abnégation semblable à celle des ménages de marins?... D'ailleurs, après un premier semestre, il vous serait loisible de revenir en vacances, d'interrompre ainsi votre veuvage passager. L'an prochain, j'irais sans doute vous relayer à votre poste. Et puis, après, vous verriez!...