SCE-'K.E III
RAYMOND, d'abord vu de dos;
VIVARCE, ;)///5 GÉRARD. Vivarce entre
par le fond. Pendant qu'il écarte la portière
pour passer, on voit derrière lui
de la luniièrc, et un appel se fait entendre.
LA VOIX DE GÉRARD, encore invisible.
Hé! Raymond!
(Vivarce, ayant laissé retomber la portière, s'avance d'un pas rapide vers l'issue. Entre, par le fond, Gérard, équipé comme son frère, un flambeau à la main.)
RAYMOND
Hein ! (En se retournant, il porte sa lanterne à la face de Vivarce, qui allait donner contre lui, et qui recule.) Toi ! d'où diable viens-tu ?
ACTEII, SCEXEIII 5I
GÉRARD, survenant, à Vivarce.
Comment! c'était toi qui enjambais l'escalier, quatre à quatre, devant moi?
VIVARCE, faisant bonne contenance.
Oui. J'ai été chassé de chez moi par une crise de névralgie intolérable. J'ai imaginé que je pourrais, sans déranger personne, trouver, dans un placard du corridor, votre pharmacie de campagne...
GÉRARD
Je t'ai pris, naturellement, pour Raymond, puisque la pièce d'où je t'ai vu sortir est celle qui donne accès dans les chambres de nos femmes...
Vivarce !
VIVARCE.
J'étais sans lumière... Je me guidais par les échappées, çà et là, des rayons de lune... Je me suis égaré.
GÉRARD
Pourquoi n'as-tu pas répondu, quand j'ai, dans le silence, appelé à demi-voix?
52 L EN'IGME
VIVARCE.
Je n'ai pas entendu.
GÉRARD, élevant Je ton.
Alors, pourquoi t'es-tu sauvé en courant ?
VIVARCE.
J'ai été absurde, j'en conviens. Mais je venais de m'apercevoir, à la fois, que j'avais fait fausse route, et que justement, je n'aurais pas dû être où mon erreur m'avait mené.
RAYMOND
Et, au lieu de t'expliquer tout bonnement avec lui, tu as jugé plus à propos de prendre la fuite?
VIVARCE.
Je vous répète que les nerfs me font mal, à en grincer des dents : j'étais en mauvaise disposition pour peser telle ou telle convenance. Et, depuis lors, vous m'interrogez ensemble sur un ton de vivacité que je commence à trouver, je vous le déclare, excessif.
RAYMOND, violemment.
Par où es-tu entré dans cette maison?
ACTEIIjSCEXEIII 55
GÉRARD, de même.
Oui, par où?
C'est par cette porte, puisque, quand je t'ai arrêté, tu la regagnais?
VIVARCE.
Parfaitement.
GÉRARD
Tu l'as donc trouvée ouverte?
Oui.
Je l'avais fermée, ce soir, moi-même, de mes propres mains.
VIVARCE.
Il est à croire que tu l'avais insuffisamment fermée.
Non. Je suis sûr d'avoir bien clos. 11 faut qu'après moi l'on ait rouvert : ainsi, tu étais attendu. Par qui?
Allons donc! Qui voudriez-vous que ce fût?
Ma femme, ou la sienne?
RAYMOND
Oui! oui!...
VIVARCE.
En voilà assez ! Je vous ai donné les explications possibles. A toute question de plus, je ne répondrai que comme à une offense.
GÉRARD
Tu ne t'en tireras pas en payant d'audace... (Il se précipite sur Vivarcc.) Misérable ! . . .
VIVARCE, à demi renversé.
Mais c'est de la folie !
RAYMOND, viaitrisant Gérard.
Il faut d'abord savoir auquel de nous il appartient.
VIVARCE, libéré de l'étreinte.
Encore une fois, vous êtes fous, tous les deux, absolument fous!
GÉRARD
Montons, chacun, droit chez notre femme.
ACTEII, SCÈNEIV 55
La coupable, ainsi saisie à l'improviste, est d'avance confondue ! (Il fait un pas vers la portière; Lconorc, la soulevant, apparaît.) Toi!
SCÈ'X.E IV Les Mêmes, LÉONORE. ^
RAYMOND
C'est Léonore !
GÉRARD
Comment es-tu là?... Tu venais refermer la maison, après la retraite de ton amant ?
LÉONORE
Oh!... Oh! non!
GÉRARD
Si ce n'est pas cela, si tu as quelque chose à alléguer, fais-le vite ! très vite !
LÉONORE
Mon Dieu ! Ne m'apostrophe pas de la sorte !
56 l'énigme
GERARD
Pourquoi te cachais-tu?... Pourquoi es-tu si bouleversée ?
LÉONORE
Je ne me cachais pas; j'écoutais. Je n'ai pas fui : je me suis présentée à toi. Je suis bouleversée de ce que j'ai entendu, comme vous l'êtes de ce que vous disiez... J'avais été éveillée par du bruit qui s'élevait de cette pièce. Cela pouvait être des malfaiteurs... le feu... J'ai jeté en hâte un peignoir sur mes épaules. J'ai couru vers ta chambre que tu avais désertée. De plus en plus inquiète, je suis revenue tendre l'oreille par-dessus la rampe de l'escaUer. Naturellement, j'ai eu la curiosité de descendre, après avoir reconnu d'abord la voix de Raymond, puis la tienne...
GÉRARD
Et celle de Vivarce ?
LÉONORE
Oui, aussi celle de Vivarce.
VIVARCE
Je vous dis...
ACTEIIjSCÈNEIV 57
RAYMOND, impérieusement, à Fivarce.
Toi ! pas un mot !
GÉRARD
Dès que tu as compris de quoi il s'agissait, qui t'a retenue d'entrer pour protester immédiatement de ton innocence ?
Je n'ai pas admis que je fusse accusée.
RAYMOND
Vous l'êtes, pour le moins, autant qu'une autre !
LÉONORE, à Raymond.
Je ne relève que de mon mari. De quel droit m'interpellez-vous ainsi ?
RAYMOND
Je défends ma femme absente... L'homme que nous tenons, c'est vous qui l'avez accompagné jusque-là. Pendant que vous êtes à veiller, Giselle ne s'est pas émue : elle repose, elle!
LEONORE, tendant les bras vers son mari.
Oh!
5 O L li N I G M E
GÉRARD, à Raymond.
Qu'en sais-tu ?... Nos rumeurs ont eu de quoi effaroucher ici tout sommeil. Ce qui, au contraire, pourrait plaider pour ma femme, c'est que précisément elle soit restée à proximité, comme si elle n'y voyait point de danger qui la regardât. Il lui aurait été facile de n'être pas là, non plus, en se terrant au fond de l'alcôve, la tête sous l'oreiller.
RAYMOND, Irouhlc, allant vers le fond appeler.
Giselle!
LEON o RE, voulant remercier son mari.
Ah!... Gérard!...
GÉRARD, l'arrêtant.
Attendons!... (A Raymond.) Elle ne répond pas.
RAYMOND, appelant plus fort.
Giselle!... Giselle!...
GÉRARD
Vas-y donc!
(Raymond disparait par le fond.)
ACTEII,SCENEV 59