‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 32 sur 134 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Le théâtre représente un salon de château élégamment meublé. C'est le soir. Par la porte du fond, donnant sur un perron, le parc éclairé de la lune. Porte à gauche, porte à droite.

SCÈX.E T-11ED^CIÈ%E

UNE SOUBRETTE, //n'i UX VALET DE CHAMBRE, puis LA BARONNE et D AMON . Au îei'er du rideau la soubrette achève d'allumer les flambeaux de la cheminée. Elle va au fond, ouvre la fenêtre. Un valet de chambre, venant du fond avec un flambeau à deux branches allumé, se place sur le seuil de

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la porte d'entrée. La baronne et le chevalier, en costume de gala sous les manteaux, entrent ensuite et descendent an milieu de la scène. Le valet de chambre sort.

A la lin, je vous en conjure, baronne, daignez m'apprendre où je suis, et quel jeu vous voulez faire de moi, et jusqu'à quand me mènera la plaisanterie qui vous a fait m'enlever tout à l'heure, en plein opéra?

LA BARONNE

Vous êtes ici dans un très beau séjour, mon cher Damon, ainsi que vous pourrez vous en rendre compte, par l'cnviron, demain matin...

DAMON, agiticbc.

Mais chez qui est-ce que vous m'avez conduit?

LA BARONNE

Chez mon mari...

DAMON, aussilôt deçà.

Ah!

LA BARONNE

Le connaissez-vous?

ACTEI.SCHNEI 95

DAMOX .

P:is du tout !

LA BARONNE

Eh bien, moi, je le connais un peu... Et j'espère que vous en serez content. On nous réconcilie pour des raisons de famille qui ne vous intéresseraient pas. Il y a six mois que cela s'arrange, et il y en a un que nous nous écrivons. C'est, je pense, assez galant à moi de l'aller trouver?...

Certes oui!... Mais, s'il vous plaît, que fais-je là, moi? A quoi puis-je être bon?

LA BARONNE

C'est mon affaire. J'ai craint l'ennui d'un tête-à-tête : je vous sais aimable; et l'inspiration m'est venue de vous enlever à la solitude dans laquelle vous végétiez, ce soir. Au surplus, vous-même, n'éprouviez-vous pas quelque honte à être d'aussi bonne heure au spectacle? Je vous ai sauvé du ridicule... Voici bientôt neuf heures. Je gagerais que c'est à peine si la Comtesse entre maintenant dans sa petite loge.

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D A M O N , viodestewent.

J'ignore, d'ailleurs, si elle devait ou non s'y rendre.

LA BARONNE, avec une petite mine de vwqiierie.

Très bien. La discrétion est votre vertu favorite. Vous m'avez même confié que vous lui deviez bien des instants de bonheur.

Mais prendre le jour d'un raccommodement pour me présenter à votre mari!... Vous me feriez croire que je suis sans conséquence, si, à vingt-cinq ans, on pouvait l'être... Ajoutez à cela l'air d'embarras qu'on apporte à une première entrevue... En vérité, je ne vois rien de plaisant, pour aucun des trois, à la démarche où vous nous avez engagés.

LA BARONNE

Ah ! point de morale, je vous en conjure : vous manqueriez l'objet de votre emploi. Il faut m'amuser, me distraire et non me prêcher.

ACTEI. SCENE II 97

SCJ£-X.E II

Les Mêmes, LE BARON, achei'aiU de s'ajuster.

LE BARON, froidement et polimenl.

Excusez-moi, madame, de ce que, ne vous attendant plus que pour demain, ni moi, ni le château n'ayons été immédiatement prêts à vous recevoir.

LA BAROXXE.

Je suis ravie de vous retrouver. Et voulezvous bien, je vous prie, remercier le chevalier Damon, ici présent? Le hasard l'avait conduit dans une loge près de la mienne; et je me suis permis de lui demander qu'il me servît de protecteur sur le grand chemin.

LE BARON, après avoir offert sans bonne grâce sa main à Damon.

^îon parent, le Marquis, aurait pu, ce me semble, s'être mis à vos ordres...

LA BARONNE, èvasivement.

Oh ! ce n'est point sa faute. On m'a dit qu'il était en voyage, de quelque côté sans doute où l'appelait son cœur; à moins que ce ne soit ailleurs encore, je ne sais...

LE BARON, un peu inccotilciil.

Vous le persiflez donc toujours?

LA BARONNE

Refait-on son caractère? Commande-t-on à ses goûts ?

DAMON, qui n'a cessé de chercher nue coutcuance.

Je suis émerveillé de la fantaisie qui a dirigé l'installation de cet ameublement... Et ces couronnes de roses, ce ne peut être qu'un grand artiste qui les a peintes sur leur fond de ciel?

LA BARONNE

Vous ne voyez rien encore, Damon. Il faut que je vous mène à l'appartement de Monsieur.

LE BARON, polivieut.

Eh ! madame, il y a deux ans que je l'ai fait défaire.

ACTEIjSCENEII 99

LA BARONNE, distraitement.

Ah! Ah!

(Deux valets apportent une petite fable sur laquelle un souper est servi.)

LE BARON

J'ai pensé que vous auriez envie de vous réconforter.

LA BARONNE

Excellente idée. Justement, pour parer à tout risque de la surprise, j'avais fait emporter, dans le coffre de la voiture, un de ces fins pâtés d'alouettes dont je me souviens que vous êtes friand.

LE BARON , poliment.

Madame, il y a trois ans que je suis au lait.

LA BARONNE, distraitement.

Ah ! Ah !

LE BARON, poliment.

Je vous sais gré, madame, de la précaution que vous avez eue d'amener Monsieur : vous avez jugé que j'étais de méchante ressource pour la veillée, et vous avez bien jugé, car je me retire. Un soupeur qui ne soupe pas ne sert qu'à couper l'appétit des convives... Monsieur voudra bien me pardonner et se charger

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de faire ma paix avec Madame. (Le Baron salue

polivieut et se relire.)

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