‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 111 sur 176 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

IRENE

Je ne l'accepte plus. Ma jeunesse est passée, mes espérances sont abolies, mon avenir de femme est mort. Je me refuse à changer le cours de ma vie, à bouger, à remuer. Je n'ai plus la volonté que de rester, jusqu'à la fin, où je suis, comme j'y suis.

FERGAN

Vous voudriez que je vous supporte?

IRÈNE

Il le faudra bien. Vous n'avez contre moi rien d'autre que mon aveu...

FERGAN

Est-ce que vous le renieriez au besoin?

IRÈNE

Oseriez-vous m'inviter à le renouveler publiquement?

Un temps.

FERGAN, anéanti.

Alors qu'est-ce que vous voulez que je devienne ainsi, face à face avec vous, toujours,

toujours? Quelle existence voulez-vous que je mène?

IRÈNE

La pareille à celle que vous m'avez fait mener jusqu'à ce jour. Nous sommes rivés au même boulet. Mettez-vous enfin à en sentir le poids et à le tirer aussi. Il y a assez longtemps que je le traîne toute seule.

FERGAN

Il n'y a pas de justice.

IRÈNE

Il y a celle du malheur commun.

FERGAN

Vous êtes une coupable et je suis un innocent.

IRÈNE

Nous sommes deux malheureux. Au fond du malheur, il n'y a plus que des égaux.

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