ACTE I, SCENE VII 4I
quand j'approche, toi qui, par tes accès d'humeur intraitable, t'efforces si souvent de détruire tout ce qu'il y a de bons souvenirs entre nous... toi, vilaine!
LAURE
Laissez-moi 1
R A G U A I s , s'emparant d'elle.
Non, je ne te laisserai pas m'échapper! Je ne te laisserai pas oublier que c'est moi qui ai chuchoté à ton oreille, alors si sauvage, les premières paroles pour lesquelles ait battu ton cœur ! C'est moi qui ai fait de la jeune fille toute frissonnante une femme plus frissonnante encore, mais plus belle aussi... et toute heureuse... Réponds-moi que tu te souviens de tout. . . de nos plus anciennes heures comme de nos plus récentes, de ce qu'on s'y est dit et de ce qu'on ne s'y disait pas !
Ah ! quand vos yeux et votre voi.x sont là pour m'ensorceler 1
RAGUAIS.
Souris-moi et faisons la paix.
Oh! si, malgré tout, tu pouvais m'aimer encore!... N'est-ce pas que tu ne trouverais point des paroles aussi douces, si je n'étais plus rien pour toi ? Redis-moi que tu m'aimes, pour que je regarde comment tu me le dis.
Je t'aime !
L A u R E , Je contemplant.
Ta bouche ! . . . qui a été à une autre ! . . . Oh ! non, ne m'embrasse pas!
RAGUAIS.
Qiie faut-il que j'attende?
LAURE
Rends-moi confiance. Avoue que tu as subi un vertige, un entraînement de vanité. Raconte-moi qu'auprès d'une jolie femme tu as voulu te prouver à toi-même, malgré ses airs de vertu, que tu étais de force à les séduire toutes!... Tu es un être de séduction, je ne le sens que trop, hélas!... Mais persuade-moi que tu ne l'as jamais aimée! Soulage mon âme du mal affreux que tu lui as fait.