ACTE II, SCENE X
regarder ne me parle pas; ça me donnerait des distractions... Ah! la coquette! Elle a inventé une nouvelle coiffure, pour faire la grande personne... Que je t'embrasse encore, d'avoir gardé tes bonnes couleurs!...
ISABELLE
Oh! je les ai encore plus de vous avoir revue.
LAURE
Tu n'as pas oublié que tu allais ni'être rendue dans trois jours.
ISABELLE, g raveineiit.
J'y pense sans cesse.
Comme tu dis cela!... Comme te voilà sérieuse? On voit que tu as un mois de plus : tu as pris de l'âge. Je plaisante, mais pourtant c'est bien long, un mois, pour qui en compte les heures et les minutes.
ISABELLE
Je les ai comptées.
8o LA LOI DE l'homme
LAURE
Vrai?... Comme moi?...
ISABELLE
Jamais je n'ai eu tant hâte de vous voir.
LAURE
Ah! bah!
ISABELLE
En plus de vous dire que vous êtes ma petite mère adorée, j'ai encore quelque chose d'important...
LAURE
Quoi donc, grand Dieu ?
ISABELLE
Quelque chose dont je ne serai heureuse que quand j'aurai vu dans vos yeux que vous en êtes contente aussi.
En finiras-tu, petite mystérieuse?
ISABELLE
Il y a un jeune homme qui veut m'épouser.
ACTEII.SCÈNEX Si
Voyez-vous cela? Et il s'est permis de te le déclarer... en valsant, n'est-ce pas?... dans cette soirée de Cabourg, où tu m'as écrit que tu t'étais tant amusée?
Non, en dansant nous ne nous sommes iamais rien dit.
Tu lui auras répondu, j'imagine, que tu étais une enfant, et que les enfants ne se mariaient pas?
ISABELLE
Oh ! maman, ne vous moquez pas de moi !
LAURE
Alors tu auras eu, au moins, la réserve de te taire?
ISABELLE
J'ai parlé!
LAURE
Qu'as-tu dit?
82 LALOIDEL' HOMME
ISABELLE
Je ne lui ai pas caché mon plaisir que ses intentions fussent bien accueillies par mon père...
L A U R E , mécontente.
Ah!
ISABELLE
Ht je me suis empressée d'ajouter qu'il nous fallait, avant tout, être aussi approuvés par ma chère mère...
Tu es une folle. Je vois que je ne peux plus te laisser un mois de suite hors de ma surveillance sans que tu ne formes les projets les plus extravagants.
ISABELLE
Oh! maman, je vous assure que je n'ai que des idées très raisonnables... C'est un jeune homme irréprochable. Et dès que vous l'aurez vu, vous ne pourrez pas vous empêcher d'avoir de la sympathie pour lui... Accordez-moi seulement de lui parler quelques instants.