‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 53 sur 176 · ACTE III, SCHNi; IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCHNi; IX

que vous ne soyez opposée actuellement à toute idée de mariage pour votre fille?

LAURE

Non!...

ORCIEU.

En ce cas, permettez-moi d'insister. Je plaide pour deux jeunes gens qui s'aiment, que j'aime, et en faveur desquels je voudrais remporter une parole réconfortante ?

LAURE

Non.

ORCIEU.

Serait-ce par délicatesse que vous vous taisez, et auriez-vous alors, contre nous autre?, une prévention quelconque?... (Un temps.) Ici, j'espérais, au moins, une protestation...

LAURE, dans une hésitation tragique.

J'ai à vous dire...

RAGUAIS, à Orcicu.

Restons-en là, mon cher. Vous voyez qu'en ce moment nous abusons des nerfs de M™e de Raguais.

O R C I E U , à Riig liais, avec fermeté.

Vous voyez aussi que je ne me formalise pas : j'ai charge d'âmes. (A Lanre.) Vous ne sauriez être assez mal prévenue pour repousser mon fils sans le connaître. Quant à moi, il ne m'appartient pas de vanter mes aptitudes à être un bon père adoptif. Mais permettez-moi de vous dire qu'Isabelle n'a point d'amie plus attentive, plus tendre, plus maternelle que Mnie d'Orcieu.

LAURE, éclatant.

Mais vous ne comprenez donc rien! Vous ne voyez pas que cette femme a voulu prendre ma fille, comme elle m'a pris mon mari !

ORCIEU, stiipèJaiL

Vous perdez la raison?

Oui, Mme de Raguais est folle!

MADAME d'oRCIEU, dans un appel désespéré à Laure.

Dites que ce n'est pas vrai! qu'un soupçon vous a égarée!...

ACTnitI, SCEXEIX 121

OR CI EU, (i Laiire, avec force.

Madame, rétractez d'infâmes paroles que rien ne saurait justifier.

LAURE, désignant Ragiiais et M""^ d'Orcieu, Regardez-les!...

MADAME d'oRCIEU.

Je vous jure...

RAGUAIS.

Je proteste de toutes mes forces contre cette querelle insensée que cherche là Mme de Raguais.

ORCIEU.

Non! non!... tout s'éclaire : vos tentatives pour désunir les petits!... La dissimulation du projet à la mère d'Isabelle!... Et, ici même, votre précaution d'être tous deux accourus avant que j'y sois ! . . . (J Lame.) Comment avezvous conçu votre accusation? Quelle preuve pourriez-vous m'en donner?

LAURE

Je n'en ai aucune entre les mains.

Vous n'avez pas brisé votre vie sans preuves ! (A Ragiiais.) Vous n'avez pas laissé votre femme vous répudier sans preuves ! (A M"'" d'Ordeu.) Et vous, qui n'avez pas bondi sous l'injure, qui courbez le front, c'est par les preuves que vous êtes accablée!

MADAME d'oRCIEU.

Pitié!

ORGIE U, dans un transport de colère.

Tu avoues, misérable ! . . . (Avec tin immense désespoir.) Oh!... (Marchant sur Raguais.) Quanta vous!...

MADAME d'orCIEU, se jetant entre les deux hommes, aux genoux de son mari.

Arrêtez!

o R C I E u , la repoussant.

Arrière !

MADAME d'oRCIEU, le retenant encore.

Grâce pour André, qui attend son destin !

ACTUIII, SCliXEIX 123

O R C I E U , frappe par cette idée, après un grand effort.

Mon fils!

R A G U A I S , à sa fcm me.

Qu'avez-vous fait!

LAURE

Une chose terrible ! Oui ! comme le mal qu'on me faisait !

ORCIEU.

Mon fils! j'avais oublié!... C'est juste! Les innocents ne peuvent payer pour les coupables. L'amour de ces enfants, c'est moi, dans mon inconscience, qui l'ai fortifié; vis-à-vis d'eux, je suis responsable !

MADAME d' ORCIEU.

Pardon, au nom de notre fils !

ORCIEU, à sa femme, avec inquiétude.

Relevez-vous! Il pourrait vous apercevoir

dans cette dégradation!... Maintenant, apprenons à nous regarder tous les quatre, face à face... Il ne m'est pas permis de condamner mon enfant au désespoir. (A Laurc.) Et qui sait

124 LA LOI DE l'homme

s'il n'associerait pas étrangement ma rigueur subite à votre opposition... inexplicable? Non, je ne veux pas qu'il cherche, qu'il imagine... et que peut-être il trouve!...

LAURE, avec stupeur.

Où voulez-vous en venir?

ORCIEU.

Nous sommes réduits à nous cacher derrière des apparences. Si le monde a fait des suppositions trop probables, hélas ! contre mon honneur, j'ai besoin de les confondre, de les égarer... même par un défi! Ce mariage, coûte que coûte, il faut qu'il se fasse.

LAURE

Maintenant, nous lier étroitement les uns aux autres, je ne peux pas y songer !

Songez, au contraire, quand je vous demande pour mon fils la main de votre fille, que vous ne pouvez pas me la refuser, vous à moi... Mais pour mieux donner le change, il faut qu'un simulacre de réconciliation ait lieu entre vous et M. de Raguais.

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