‹ ThéâtreChapitre 17 sur 112 · EL MEDICO DE SU HONRA · texte numérisé non relu

EL MEDICO DE SU HONRA

NOTICE

On serait tenté de croire que M. Schlegel avait en vue le Médecin de sor honneur {el Medico de su honra ), lorsque, dans son éloquente apologie d* Calderón , il écrivait ces lignes remarquables : « Je ne saurais trouver une plus parfaite image de la délicatesse avec laquelle Calderón représente le sentiment de l'honneur, que la tradition fabuleuse sur l'hermine , qui , dit-on, met tant de prix à la blancheur de sa fourrure , que , plutôt que de la souiller , elle se livre elle-même à la mort quand elle est poursuivie par les chasseurs.» Cette comparaison , si ingénieuse et si exquise , devient d'une justesse frappante si on l'applique au Médecin de son honneur, qui se venge en quelque sorteà l'avance d'un outrage qu'il redoute.

A quelle source Calderón a-t-il puisé le sujet de sa pièce? nous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons dire à cet égard, c'est qu'il est à peu près impossible* qu'il l'ait emprunté à aucune tradition étrangère ; et quant à celles des traditions nationales que nous connaissons , nous n'y avons rien trouvé qui ait pu inspirer au poète l'idée première de son drame.

Au point de vue de l'art , le Médecin de son honneur est, selon nous , l'un des chefs-d'œuvre de Calderón. Ce n'est pas qu'on ne pût y blâmer avec justice, comme dans les autres comédies de notre poète, un certain abus de l'esprit et de l'imagination, des comparaisons redoublées, des métaphores déplacées , des hyperboles plus que castillanes; mais que de beautés rachètent ces défauts 1 Même en laissant de côté l'ensemble de la composition , qui révèle un si grand génie, que l'on en étudie les diverses parties avec soin, et l'on verra comme elles sont heureusement inventées , curieuses , originales. — Dans la première journée c'est l'exposition, qui , par parenthèse , a été imitée tant de fois. Dans la seconde journée, c'est la scène , imitée aussi par Beaumarchais, où don Gutierre, cherchant dans sa maison un homme qui s'y est clandestinement introduit, saisit, à travers l'obscurité, son propre valet, qu'il prend pour cet homme et qui pousse des cris , tandis que doña Mencia s'abandonne à la terreur , s'imaginant que c'est son amant qui a été découvert par son mari ; puis !o monologue où don Gutierre s'ingénie à expliquer de la manière la plus favorable les mcidens qui ont alarmé sa jalousie; puis, cet entretien nocturne entre don Gutierre et sa femme , où celle-ci , croyant parlera son amant, décèle peu a peu à son mari le trouble de son cœur. Mais ce qui nous semble vraiment admirable , c'est la troisième journée tout entière Dès lors , pas un instant de langueur, de répit; une situation intéressante succède à une autre- l'action marche avec une entraînante rapidité jusqu'à la scène qui termine la pièce si energiquement. Nous nous contenterons d'appeler l'attention du lecteur sur ces deux scènes , que sépare la catastrophe , où un musicien mystérieux chante une romance composée sur le départ de l'Infant. Shakspeare lui-même n'a pa<= a notre avis, un effet qui soit en même temps plus poétique et plus dramatique* Un a / ú, ef repété que Calderón ne peint jamais que des caractères généraux;* l- 7

ici cela n'est vrai que pour les personnages secondaires. Ainsi l'Infant, tfest le jeune homme qui aime , peu scrupuleux , décidé , hardi ; don Diegue , c est le vieillard réservé et prudent ; don Arias , c'est le cavalier espagnol , ardent, brave , dévoué à son prince ; Jacinthe , c'est la duègne ou la suivante toujours prête a favoriser les amours de sa maîtresse. Mais les personnages principaux, quoiqu'ils manquent peut-être de nuances (car le talent caractéristique ne peut pas s'exercer à loisir dans un drame d'intrigue et de passion) , sont a notre avis bien individualisés. Ainsi doña Leonor , qui préfère la vertu à la réputation , qui est subtile et dévote, qui déteste mais estime l'homme qui l'a quittée, n'est pas un caractère général. — Doua Mencia non plus; elle est faible et coupable, mais honnête au fond. Cette jalousie , véritable ou feinte, qu'elle témoigne à son mari un moment après la sortie de l'Infant , annonce chez Calderon°une connaissance profonde du cœur féminin. - Le rôle de don Gutierre abonde en traits caractéristiques. Nous n'en citerons qu'un seul : c'est que , malgré sa loyauté , don Gutierre a , sur un simple soupçon , abandonne la femme à laquelle il avait promis sa main. - Enfin le roi don Pedre , frère de Henri de Transtamarre, qu'en France nous avons surnommé le Cruel et auquel les Espagnols ont donné le surnom de Justicier, nous apparaît ici plein d'une grandeur et d'une vigueur qui ne sont qu'à lui , avec sa sévérité presque féroce et son terrible amour de la justice. Calderón avait sans doute une secrète prédilection pour ce prince ; car dans plusieurs de ses comédies il lui fait jouer un très-beau rôle ; il l'y représente toujours comme une sorte de Destin espagnol qui récompense ou châtie les autres personnages de la pièce , en les jugeant du point de vue de l'honneur. —Quant au Gracioso , cette fois il s'harmonise on ne peut mieux avec le reste de l'ouvrage. 11 n'appartenait qu'à un I artiste de génie d'imaginer ce contraste entre le bouffon et le roi don Pèdre, et de rendre le premier plus sérieux et plus triste à mesure que le drame tourne autragique. -

Bien que l'action se passe vers le milieu du quatorzième siècle , les mœurs du Médecin de son honneur sont en général les mœurs espagnoles du dix-septième. Remarquons, cependant, que si les rois d'Espagne, au moyen âge, n'avaient qu'un pouvoir politique très-limité , ils avaient , dans leurs rapports civils ou privés avec leurs vassaux , un pouvoir à peu près sans bornes; les chroniques et les vieilles romances espagnoles sont là pour l'attester.

Encore un mot. Avant Calderón , un poète de la génération précédente , un contemporain de Cervantes et de Lope, le célèbre Tirso de Molina avait traité sous le titre du Jaloux prudent {el Zeloso prudente) un sujet qui a quelque analogie avec le Médecin de son honneur. Calderón ne ¿est point fait scrupule de lu? emprunter plusieurs détails de sa pièce, et, en particulier, le monologue de don Gutierre, scène troisième de la seconde journée. Mais, sans méconnaître le haut mérite de Tirso, qui a la gloire d'avoir créé le type de don Juan, Caldefó¿, en lui faisant cet emprunt , aurait pu dire comme Molière en semblable Aiconstance : « Je prends mon bien où je le trouve. »

PERSONNAGES

LE ROI r>ON pèdre. Inès, suivante.

Ü.'INFANT DON HENRI. THÉODORA, suivante.

don Gutierre. coquin, gracioso ou valet douîFoq

don arias, cavalier. UN CHIRURGIEN.

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