‹ ThéâtreChapitre 40 sur 112 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Une chambre.

Kntrent DON GUTIERRE et un CHIRURGIEN; ce dernier a un bandeau

sur les yeux.

DON GUTIERRE.

Entre, Ludovico, ne crains rien. Il est temps que je t'ôte ce bandeau. .... , . .

Il lui ôte le hondean.

le ck:?jjrgien.

Dieu me protège !

DON GUTIERRE.

Que rien de ce que tu vas voir ne t'étonne. le chirurgien.

Que me voulez-vous donc, seigneur? — vous m'avez tiré de ma maison au milieu de la nuit, A peine avons-nous été dans la rue, que vous m'avez mis un poignard sur le cœur et que vous m'avea commandé de me laisser bander les yeux. J'ai cédé sans résistance. Puis vous m'avez dit de ne point me découvrir, qu'il y allait de ma vie. J'ai marché au moins une heure avec vous, en faisant mille détours, sans savoir où vous me conduisiez. — Je croyais que là finiraient mes surprises, et voilà qu'une émotion nouvelle et plus vive me saisit en me voyant dans une maison si riche, inhabitée, et en voyant que vous, enveloppe de votre manteau jusqu'aux yeux, vous vous tenez immobile devant moi. — Que me voulez-vous donc, seigneur?

PON GUTIERRE.

Attends-moi là un instant.

Il sort.

JOUKNËE II!, SCÈNE V. 127

LE CHIRURGIEN

Qu'est-ce que tout cela signifie? — Une terreur profonde s'empare de mon cœur. Que le ciel me protège !

don Gutierre, revenant.

Il est temps que tu entres ; mais avant, écoute. — Ce poignard te percera le sein si tu me refuses ce que je vais te demander. — Approche-toi de cette chambre. Qu'y vois-tu?

LE CHIRURGIEN

Je vois je ne sais quoi qui ressemble à un mort, étendu sur un lit; il y a de chaque côté une torche, et sur le devant un crucifix mais il me serait impossible de dire qui cela est, parce que le-visaga est couvert de voiles épais.

DON GUTIERRE.

Eh bien! à ce vivant cadavre que tu vois, il faut que tu donnes la mort.

LE CHIRURGIEN

Que me commandez-vous?

DON GUTIERRE.

Que tu la saignes. — que tu laisses saigner sa blessure, — et que tu demeures près d'elle et la surveilles jusqu'à ce que tout son sang soit sorti et qu'elle expire. Ne me réplique point si tu tiens à ma pitié.

LE CHIRURGIEN

Seigneur, je le sens, je ne pourrai jamais...

Celui qui a conçu un tel projet, si rigoureux et si cruel, et qui a résolu de l'accomplir, te donnera la mort sans balancer. — Eh bien?

LE CHIRURGIEN

Ah 1 monseigneur !

Que décides-tu?

DON GUTIERRE.

LE CHIRURGIEN

Je ne veux point mourir.

DON GUTIERRE.

Alors, — obéis.

' LE CHIRURGIEN

Je suis prêt.

DON GUTIERRE.

Tu fais bien; rien ne m'eût arrêté. Entre devant moi. Je t'observe d'ici, Ludovico.

Le chirurgien sort.

DON GUTIERRE, seul.

Je n'avais que ce moyen de me venger sans qu'on le sache. On aurait aperçu des blessures ; le poison aurait laissé des traces... Maintenant, quand je dirai qu'elle avait besoin d'être saignée et

que les bandes se sont détachées, personne ne pourra me prouver le contraire. — Quant à cet homme, c'a été une bonne précaution de l'amener ici de la sorte. 11 ne sait où il est, et s'il raconte qu'il a saigné par force une femme, il lui sera impossible de dire quelle femme. D'ailleurs, au besoin, quand ce sera fini et que je l'aurai accompagné assez loin de ma maison, — j'ai mon poignard. — Je suis médecin de mon honneur, il faut que je lui rende la vie avec une saignée. La saignée est à la mode aujourd'hui.

Il sort

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