‹ ThéâtreChapitre 58 sur 112 · UN DES BRIGANDS · texte numérisé non relu

UN DES BRIGANDS

Les voici qui viennent.

ci»..

Puisque voici du monde, que tous sachent par moi la plus étonnante aventure que l'on ait jamais vue. Eusebio s'est levé de l'endroit où il était enterré, en appelant un prêtre à grands cris. Mais il est inutile que je vous conte ce que tous vous pouvez voir. Regardez avec quelle dévotion il est agenouillé et se confesse.

CURCIO.

Mon fils!... Dieu puissant, quelles sont ces merveilles?

JULIA

Qui jamais fut témoin a'un tel orodi^e?

Dès que le saint vieillard a eu fait le signe de l'absolution, il est tombé mort pour la seconde fois à ses pieds.

Entre ÁLESRTO.

ALBERTO

Au milieu de ses grandeurs, que le monde apprenne, par ma voix, ie plus étonnant des miracles. Après la mort d'Eusebio, le ciel i laissé son esprit dans son cadavre jusqu'à ce qu'il se fût confessé faveur par laquelle Dieu a voulu récompenser la dévotion à la

Croix.

CURCIO.

Ah ! fils de mon âme, tu n'es plus si à plaindre, puisque, dans ta fin tragique, tu as obtenu une telle gloire. — Plût au ciel que Julia reconnût ainsi ses fautes!

JULIA

Que Dieu me soit en aide ! Que viens-je d'apprendre?... J'étais la prétendue d'Eusebio, et j'étais sa sœur!... Comment cacher l'horreur queje m'inspire à moi-même?... Eh bien! que mon père le sache, qu'ils le sachent tous ceux qui m'écoutent, qu'il le sache le raonde entier! je suis Julia, la criminelle et infâme Julia! Mais

puisque lïion péché a été public, ma pénitence sera publique également; et, avec une profonde humilité, je veux sans cesse demander pardon au monde du mauvais exemple, et à Dieu de la mauvaise vie.

CÜRCIO.

Prodige de méchanceté I Je veux te tuer de mes propres mains, afin que ta mort soit comme ta vie, épouvantable !

JULIA

Protége-moi, Croix divine, et je m'engage à rentrer au couvent et à faire pénitence de mes fautes.

Au moment où Curcio va pour frapper Julia, elle embrasse la croix qui est sur la tomuc

d'Eusebio et ii:?paraît.

ALBERTO

Quel miracle I

CURCIO.

Et sur ce dénouement si étrange «. l'auteur achève heureusement la Dévotion à la Croix,

m I>fc lia Mhfmhv* à Mt I2BIH&,

íEL ALCALDE DE ZALAMEA.)

NOTICE

Dans l'allocution obligée qu'il adresse au public à la fin de V Alcade de Zalamea, Calderón nous assure que sa comédie est une histoire véritable. Bien que nous ne connaissions pas la tradition dont il s'est inspiré, nous n'avons pas de peine à le croire. Et ce n'est pas seulement parce que nous ajoutons une foi entière à la simple assertion du poète ; c'est que l'événement qui fut le sujet de cette pièce a dû en effet se produire à une époque où de longues guerres avaient développé sans mesure l'usage de la force brutale chez une soldatesque 'effrénée ; c'est qu'il y a dans tout cet ouvrage je ne sais quel air de vérité, qu'on retrouve difficilement dans des drames de pure imagination et qui ne sont point fondés sur une donnée historique.

Si l'on me demandait d'indiquer la qualité particulière qui distingue chacune des pièces de Calderón, je dirais de l'Alcade de Zalamea que c'est la peinture des caractères. A cet égard, de toutes ses comédies celle-ci esta mon sens la plus parfaite. D'abord, pour ce qui est des personnaees qui lui étaient fournis par l'histoire, ils revivent dans son drame. C'est bien là, quoiqu'un peu idéalisé, PhiUpue II. sombre, sévère, taciturne, habitué à voir tout plier <0us sa volonté de'ter, et inspirant autour ne lui un respect mêlé de terreur. C'est bien là aus=i don Lope de Figueroa, le vieux soldat d'Italie et de Flandre le di»ne chef de ce Terce fameux qui, selon l'expression d'un historien, faisait trembler la terre sous ses mousquets; rigide observateur de la discipline, mais cachant sous une brusquerie exagérée une bonté réelle. Quant aux personnages qui étaient davantage à la disposition du poète, ils sont éga ement bien peints. Le vieux Pedro Crespo, le héros de la pièce, est l'admirable ,vpe du paysan espagnol, plein de sentin.ens élevés, de loyauté, de franchise; d'un courage et d'une fermeté indomptables; d'une imagination poétique et facile, et, en même temps, observateur sagace et doué d'un sens pratique excet lent. Le rôle de Juan, son fils, et celui de sa fille Isabelle ne sont pas moins bien tracés. Et le capitaine don Alvar avec son orgueil et sa violence I Et Rebolledo le soldat fanfaron, mutin et sans mœurs I Et l'Etincelle, la joyeuse vivandière l Et Mendo le gentillâtre vaniteux ! Tout cela c'est la nature même. Aussi, combien l'on regrette, en lisant cette pièce, que Calderón naît pas exercé plus volontiers son talent caractéristique! Quel poète lui eût été supérieur? Quel poète même, peut-être, l'eût égalé?

NOTICE. 185

L' Alcade de Zalamea est en outre fort bien composé et rempli de situations intéressantes. On remarquera en particulier les scènes de Pedro Crespo avec son fils, avec don Lope, avec le capitaine don Alvar, à la troisième journée. Cette dernière, surtout, est d'une beauté «sublime.

Enfin, le style complète dignement la porfoction de l'ouvrage; simple, naturel, rapide, et parfois d'une rare éloquence. Les rigoristes pourraient seulement reprocher au poète, dans deux ou trois détails, de s'être substitué à ses personnages; et encore dans ces passages, que je n'ai pas besoin d'indiquer a»i lecteur, l'emploi du langage vrai était-il bien difficile et bien délicat.

Quelques années dvant la révolution, un homme devenu depuis bien célèbre, le comédien Collot-d'Herbois, essaya de transporter sur notre théâtre l'Alcade de Zaliméa, qu'il avait imité de l'imitation de Linguet, et qu'il intitula : Le Paysan magistrat. Mais cette pièce est dénuée de tout mérite, et l'on o'en aurait point fait meattop sans Sa célébrité que s'est acquise son auteur.

L'AXCADE DE ZALAMEA.

PERSONNAGES

LE ROI PHILIPPE II JUAN, sor: fils.

DON LOPE DE FIGUEROA. DON MENDO, gentillâtre.

don alvar d'atayde, capitaine ñuño, son valet.

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