SCÈNE II
Un jardin.
Entrent DON JUAN et DON CÉSAR ; ce dernier est en habits de voyage,
DON JUAN
C'a été un grand bonheur pour moi, don César, que je me sois arrêté dans cette maison de plaisance, puisque je vous y trouve. Je ne l'espérais pas. .
DON CÉSAR
C'est ma bonne étoile qui vous a conduit ici. Embrassons-nous de nouveau.
DON JUAN
Mes bras vous enlaceraient si fortement que la mort même ne pourrait leur faire lâcher prise. — Que faites-vous ici?
Oh ! ce serait fort long de vous conter tout cela, et fort tristel... 11 se voit bien, don Juan, que vous revenez de Flandre, puisque vous ignorez ce qui s'est passé.
DON JUAN
J'ai déjà ouï dire, mon ami, que vous aviez éprouvé de grands malheurs ; c'est pour cela que je me suis étonné d'abord de vous trouver ici aussi tranquille.
DON CÉSAR
Je ne le suis pas autant que vous croyez, don Juan; je vis au milieu de soucis perpétuels; si je ne vous eusse pas reconnu, je ne serais pas sorti à votre rencontre. Je me tiens ici caché en attendant une occasion de partir pour l'Espagne ; le maître de cette maison de plaisance a bien voulu la mettre à ma disposition, et je m'y regarde comme en un lieu d'asile. Si l'on m'y venait chercher par hasard, j'ai une barque qui m'attend sur la rivière ; je m'y jetterais, et en ramant je gagnerais bientôt la mer, où je serais en sûreté.
DON JUAN
Je me réjouis d'arriver ici en un moment où je puis me flatter de vous servir. Vous saurez, mon ami, que déjà je ne suis pas sans influence à Gaëte. J'y viens, amant fortuné, pour épouser l'illustre Lisarda, jeune personne riche et noble, très-belle et très-charmante, dit-on, par-dessus, et d'ailleurs fille unique de don Juan d'Aragon. Mon beau-père futur est gouverneur de ce pays, et son pouvoir me permettra sûrement de vous être utile à quelque chose.
DON CÉSAR
Ce ne sera pas la première fois que vous m'aurez rendu service; je n'ai pas oublié tout ce que je vous dois... Puisse cette union être aussi fortunée que je le souhaite ! puissiez-vous y trouver long-temps la paix et l'amour l Mais en laissant là ces complimens et bien d'au-
tres que mon cœur prodiguerait avec facilité, dites-moi, mon ami quel projet vous amenait en ce lieu?
Ne sachant pas vous y rencontrer, je n'avais pas d'autre but que d'y passer le jour. Je suis venu à Gaete assez mal pourvu de joyaux et de parures, comme un soldat enfin; et quoique l'équipage d'un soldat ait aussi son prix, ce n'est pas, après tout, celui d'un homme qui veut se marier. C'est pourquoi je me tiendrai deux jours à l'écart en attendant que je me sois fourni de tout ce qu'il me faut, car je ne puis me présenter chez ma future en habit de voyage.
DON CÉSAR
Ma bonne fortune est plus complète que je ne l'imaginais, puisque je vous aurai ici deux jours caché avec moi.
DON JUAN
C'eût été un vrai plaisir pour moi. Mais j'ai à Gaëte un ami qui est alcayde du fort, et que j'ai averti de mon arrivée. Je lui ai envoyé un message en mettant pied à terre, et j'attends sa réponse. Pour cette même raison je vous laisse; car il viendra sans nul doute audevant de moi, et il ne convient pas qu'il sache que vous êtes là.
DON CÉSAR
C'est une précaution digne d'un ami tel que vous.
DON JUAN
Demeurez avec Dieu. J'aurai soin de revenir vous voir en secret, et je m'engage à vous servir. Adieu, don César.
DON CÉSAR
Adieu, don Juan.
Don Juau sort.
Entre CAMACHO.
CAMACHO.
D'où vient, monseigneur, que vous étiez là tout-à-1'heure à vous parler à vous-même, que vous demandiez des comptes à votre âme et à vos sens, et que votre pensée marchait lugubrement à la suite de votre mémoire et de votre intelligence, comme le diable d'un auto *? Quelle est la femme, monseigneur, s'il vous plaît, qui vit maintenant dans votre cœur? Est-ce Elerida absente, ou bien la dame mystérieuse qui prétend a l'héritage de la Dame-Revenant?
DON CÉSAR
Quoique je n'aie jamais aimé beaucoup tes plaisanteries, Camacho, je te l'avoue, elles ne m'ont jamais été aussi à charge qu'à présent.
... Y que intentas
Que ande hecho diablo de Auto el pensamiento Tras la memoria y el entendimiento y
Si nos souvenirs sont exacts, parmi le? nombreux autos de Calderón, il en est un où le démon s'appelle la pensée [cl pensamiento).
CA MACHO.
De quoi donc vous fâchez-vous, monseigneur?
DON CÉSAR
De ce que tu m'as demandé quelle est la femme qui vit dans n.on ;œur. Peut-il s'occuper d'une autre femme que la belle Flerida?
CAMACHO.
Vous l'aimez à l'excès, j'en conviens; mais pourtant un autre amour vous distrait en ce moment.
DON CÉSAR
Parce que je suis loin d'elle, hélas!
CAMACHO.
11 n'y, a pas de quoi soupirer. Tous et toutes nous en faisons autant.
J'ai perdu en ace nuit fatale ma patrie et mes amours.
CAMACHO.
Et vous avez commis une faute que tout le rmnde vous reproche.
DON CÉSAR
De m'être battu, n'est-ce pas?
CAMACHO.
Xon, une autre.
DON CÉSAR
Laquelle, alors?
CAMACHO.
Une autre, monseigneur, qui est bien moins pardonnable que de vous être battu et d'avoir tué votre homme.
DON CÉSAR
.Mais laquelle, enfin?
CAMACHO.
D'avoir fui ainsi à la hâte, d'avoir quitté votre patrie sans enlever fos amours.
DON CÉSAR
Fort bien; mais s'ils aiment, ceux qui m'accusent, dis-leur qu'ils entrent chez leur dame et qu'ils la trouvent avec un autre... Puis, dans une circonstance aussi cruelle, il me fut impossible de modérer ma colère et de conserver ma présence d'esprit... Si c'était à recommencer, je me conduirais sans doute autrement, parce qu'on ne commet pas deux fois la même faute; mais je n'avais pas alors ma funeste expérience. — Mais que sera devenue Flerida? ,
J'ai entendu dire à un voyageur qu'on assurait à Naples qu'elle s'était retirée dans un couvenl.
DON CÉSAR
Le crois-tu, toi, Camacho ?
CAMACHO.
Moi, monseigneur, je crois tout ce que vous voudrez que je croie.
JOUlliNÉK I, SCENE 11. bi\l
— Mais à la suite de ce que nous avons dit de cette dame errante du caprice, la voilà qui vient. Ce serait le cas d'appliquer l'ancien proverbe sur le loup de la fable, qui1..,
Entrent LISARDA et CELïA, le visage recouvert de leur mante. DON CÉSAR.
En voyant que le soleil se retirait de l'horizon, un secret pressentiment me disait, madame, que vous approchiez de ces Lieux; et vous voilà, soleil déguisé, qui venez rendre la joie aux Heurs des champs, qui vous adorent comme leur divinité, qui s'épanouissent d'allégresse à votre vue, et qui de tous côtés vous parlent d'amour.
LISARDA.
Je veux bien croire par politesse, seigneur Fabio, que les fleurs me diraient de jolies choses si elles vous écoutaient, flatteur que vous êtes; car vous avez une galanterie si délicate que vous pourriez enseigner même aux fleurs le langage de l'amour.
DON CÉSAR
Au contraire, madame, ce sont elles qui m'ont appris ce langage depuis que vous venez ici; c'eût été folie à moi d'avoir la prétention de le leur apprendre. 11 n'y a pas une fleur autour de vous qui, vous ayant aimée avant moi, - puisque je n'habitais pas cette campagne, — n'ait su avant moi comment elle vous devait parler; et puisqu'elles vous ont aimée d'abord, je ne suis pas aussi flatteur que vous le dites.
Si fait, vous l'êtes beaucoup.
DON CÉSAR
A quoi le voyez-vous?
LISARDA.
À ce que vous m'aimez sans m'avoir vue.
DON CÉSAR
Est-ce qu'il n'y a pas d'amour véritable là où l'on n'a pas m -'objet qu'on aime ?
LISARDA.
Non, seigneur.
DON CÉSAR
Pardon, madame.
1 II y a ici dans le texte un jeu de mots intraduisible :
« / aqui lugar acomodado tiene
Lo de Lupus in fabula, que quiere
Decir (según colijo)
Que assi Lope á sus fámulos lo dixo. -
Littéralement : Et ici peut s'appliquer le proverbe du loup de la fable, qui signifie (à ce que je conjecture), que Lope l'a dit ainsi à ses domestiques. Le jeu de mots porte ?ur Lupus et Lope; Lope, nom d'homme, est la traduction espagnole de Lupus. Il porte, en nuire, sur la ressemblance que présentent les prem ères syllabes de fabula et de fámulos.
Je vous dis que non.
DON CÉSAR
Je soutiens que oui, et je le prouve,
LISARDA.
De quelle manière?
DON CÉSAR
Ainsi : — Un aveugle peut-iî aimer?
LISARDA.
Oui.
DON CÉSAR
Eh bien ! moi, j'aime comme un aveugle.
LISARDA.
Cela est impossible Comment?
LISARDA.
Ainsi : — L'aveugle aime par l'intelligence ; et comme il n'espère pas voir l'objet aimé, il ne désire pas le voir non plus. Si donc l'aveugle pouvait y voir, il n'aimerait pas ce qu'il ne verrait pas. Et maintenant, par la raison contraire, puisque vous n'êtes pas aveugle et que vous pouvez voir, vous ne pouvez pas aimer sans voir.
DON CÉSAR
Vive Dieu ! madame, vous vous abusez ; car cet amour dont vous parlez a chez moi, comme chez l'aveugle, un principe plus élevé,
LISARDA.
Y aurait-il un moyen de me prouver cela?
Oui, madame.
LISARDA.
Lequel ?
DON CÉSAR
Le voici : — L'objet principal dans l'amour, c'est l'intelligence, c'est l'âme ; c'est là ce que j'aime en vous, et c'est par là que je vous aime. Si je voyais l'éclat de votre beauté, dès lors mon amour se partagerait entre l'âme et les yeux, et dès lors mon amour serait moins fort, étant ainsi partagé, que s'il était tout entier dans l'âme. — - Je vous laisse à juger, madame, s'il serait raisonnable d'ôter de l'âme une moitié de cet amour pour la transporter dans l'organe de la vue.
LISARDA.
Quand bien même l'âme partagerait avec les yeux cet amour, qui est en quelque sorte sa lumière, Tame n'en aimerait pas moins pour cela ; il y aurait seulement plus d'amour.
DON CÉSAR
Je ne vous comprends pas bien, madame.
LISARDA.
Voulez-vous que je m'explique?
DON CÉSAR
Oui, de grâce.
LISARDA.
Voici comme : — Un flambeau brille allumé; si l'on en approche un autre flambeau, il lui communique soudain sa flamme et ne laisse pas cependant de brûler. L'amour est un feu qui brûle dans l'âme ; s'il se communique aux yeux, il ne cessera pas d'être un feu et aussi vif qu'auparavant. Les mêmes yeux qui étaient naguère tristes, voués et sombres, s'illuminent d'un subit éclat; mais le feu a passé dans l'organe de la vue sans cesser d'être dans l'âme. camacho , à Celia.
Et vous, adorable suivante, comptez-vous prendre ici le style de votre maîtresse? Dites-moi, ne voulez-vous pas me laisser voir votre visage?
CELIA
Non.
CAMACHO.
Et si je ne me laissais pas voir, moi non plus?
CELIA
Ce ne serait pas grand dommage.
CAMACHO.
C'est que j'ai beaucoup d'honneur, moi aussi.
CELIA
Vous avez raison.
camacho, se couvrant le visage de son mouchoii
Eh bien ! corps de Dieu 1 c'est à présent une double mascarade!... Et que le diable vous emporte, amen, si jamais vous vous découvrez!... Et qu'il vous emmène en vous traînant par votre mante dans quelque coin diabolique!... Et puisse votre mante s'allonger de manière que vous soyez courtisée seulement par le géant Garamante!.., Et ensuite en enfer puissiez-vous être parée d'une man!de soufre par les furies de Rhadamante !... don césar, à /.¿sarda.
Je suis convaincu, madame, par ce que vous m'avez dit; j'ai eu tort, mille fois tort, de soutenir contre vous une pareille thèse ; mais puisqu'il n'y a pas d'amour véritable sans voir, il n'y aura pas d'impolitesse à moi à ce que j'écarte un peu votre mante.
Songez à ce que vous allez faire.
don césar.
Vous me le pardonnerez; il îaut que je vous voie.
USARDA.
Vous en avez îs pouvoir; mais alors vous risquez de *e pas me voir après, une autre fois.
DON CÉSAR
En vérité, c'est l'aventure de l'Amour et de Psyché qui en ces lieux se renouvelle, mais au rebours; car autrefois, dit-on, l'Amour <e déguisa pour aller voir Psyché, et aujourd'hui c'est Psyché qui se déduise pendant que mon amour se montre à découvert... De tracer madame, je vous prie, déposez cette mante qui cache à mes veux vos attraits comme un nuage, obscur. Si la beauté est un ciel, a ce qu'on dit communément, souffrez que j'admire, que je contemple le ciel divin de votre beauté. O la plus charmante des déesses i soulevez ce voile importun qui vous dérobe à mes regards!
lisa Ada.
Puisque vous employez tant d'esprit à me persuader et que vous me comparez aux déesses, il est bon de vous rappeler qu'on les représente toujours comme entourées de légères vapeurs; et si vous nie pressez, je vous prouverai queje connais mes devoirs de déesse, car je me dissiperai en fumée et ne reviendrai plus.
DON CÉSAR
Eh bien! que vous reveniez ou non, il faut que je vous voie.
USARDA.
Absolument ?
Absolument.
lisarda, se découvrant.
Voyez-moi donc.
don césar.
Ah ! madame.
lisarda.
Vous m'avez vue?
don césar.
Oui, madame, et mes yeux sont éblouis de tant d'éclat! Je sais maintenant pourquoi vous refusiez a un faible mortel... (Il se fait un grand bruit derrière le théâtre.) Mais quel est ce bruit?
LISARDA.
j'entends une foule de voix confuses.
Entre FABIO.
DON CÉSAR
Qu'est-ce donc, Fabio ?
FABIO
Seigneur, fuyez au plus tôt vers la mer... Ce bruit, c'est le gouverneur qui vous vient chercher.
don césar, à part.
Il aura été averti que j'étais ici.
lisarda, à part.
Mon pèrei... Que le ciel me protège!... Quand il me parlait ainsi sur l'honneur, ce matin, c'était un avertissement.
Que décider? que faire ?
CAMACHO.
Rendez-vous sans délai à la rivière, et — en avant la rame et le bateau!
DON CÉSAR
Adieu, belle dame.
Quoi! vous partez?
LISARDA.
DON CESAR
Je ne puis, madame, attendre davantage. Il importe que je fuie un malheur.
LISARDA.
Le mien, seigneur, s'accomplira bientôt si vous vous en allez.
DON CÉSAR
Qu'ordonnez-vous ?
LISARDA.
Si vous êtes cavalier, ainsi que tout en vous me l'annonce, n'abandonnez pas ainsi une femme qui risque de perdre la vie et l'honneur parce que seulement elle est venue vous voir... Je suis d'un rang plus élevé que vous ne le pensez... Si vous me laissez ici sans secours, je donnerai au monde par ma mort une éclatante instruction... Ce n'est pas vous, c'est moi qu'on cherche... Je suis la fille de... Je n'ai pas la force d'achever... On enfonce la porte... Hélas! hélas !...
don césar, à part.
Il y a du pire! et je n'imaginais pas qu'il y en pût avoir... Je n'ai plus à songer qu'à mourir... La même faute ne doit pas se commettre deux fois... Il ne faut pas que l'on dise de moi que j'abandonne toujours les dames dans le danger. [Haut, à Lisarda.) Madame!... je vous donne ma parole qu'on me tuera ici plutôt que votre vie et votre honneur soient compromis. Entrez donc vous cacher, entrez vite, tandis que je reste à vous garder... Vous n'avez rien à craindie, madame... quand on m'aura trouvé, soyez assurée qu'on ne vous cherchera pas; car c'est moi que l'on cherche. lisard\, fuyant.
Allons, Celia, suis-moi!
celia, fuyant.
O mon Dieu ! madame, mes pantoufles!
Celia |>crd ses pantoufles en íuyuüí.
'/ON CESAR
Ramasse ces pantoufles, C^-cho.
CAMACHO.
Nous avons fait là de la belle besogne.
Camacho ramasse les pantoufles et court le cacher. Entre LE GOUVERNEUR, accompagné d'alguazils et de domestique». LE GOUVERNEUR.
N'êtes-vous pas don César des Ursins?
DON CESAR
Jamais un cavalier n'a renié son nom.
LE GOUVERNEUR
Vous allez vous rendre en prison.
J'obéis. — Je yous prie seulement de considérer que je suis noble.
LE GOUVERNEUR
Je sais qui vous êtes. Vous n'avez pas besoin de quitter votre épée; vous pouvez l'emporter, quoique prisonnier. — 11 doit y avoir ici avec vous une dame. Veuillez faire en sorte qu'elle se presente promptement. On conservera les égards qui lui sont dus, mais il faut qu'elle soit arrêtée aussi.
DON CÉSAR
Une dame, dites-vous?
LE GOUVERNEUR
Oui, une dame.
DON CÉSAR
Une dame ici?
LE GOUVERNEUR
Il n'y a pas moyen de me le nier, car je suis bien informé, et je sais qu'elle est ici, ici même avec vous.
DON CÉSAR
Mais, seigneur...
LE GOUVERNEUR, CLUX CllgUdZilS.
Cherchez dans la maison.
Plusieurs alguazils entrent dans la maison.
don césar, à part.
Quelle peut être cette femme qui m'a mis dans une telle situation?
UN ALGUAZIL rentre, amenant CAMACHO.
l'alguazil. Voici un homme qui était caché là.
LE GOUVERNEUR
Qui êtes-vous ?
CAMACHO.
Je suis l'écuyer de ce chevalier errant.
LE GOUVERNER
Pourquoi vous cachez-vous ?
CAMACHO.
J'ai ce défaut de me cacher, monseigneur; je le fais sans mauvaise intention.
LE GOUVERNEUR
Que tenez-vous là?
CAMACHO.
Monseigneur, des pantoufles.
LE GOUVERNEUR
Je vois de clairs indices de ce que je cherche. — Où est la personne à qui appartiennent ces pantoufles?
CAMACHO.
Devant vous. C'est moi.
LE GOUVERNEUR
Pourquoi les apportez-vous ici?
Parce que, monseigneur, si les boucliers de liège sont prohibés par les justes lois du royaume, il n'en est pas de même des pantoufles de liège; au contraire. Le proverbe espagnol, un trèsbeau proverbe, dit : Malheureux le malade qui se trouve en un endroit où il n'a pas de pantoufles! Or, mon maître étant indisposé, je lui apporte ces pantoufles pour remède, afin qu'il ne soit pas malheureux.
LE GOUVERNEUR
Mauvais plaisant!
Tais-toi, imbécile!
DON CÉSAR
DEUX ALGÜ AZILS amènent LISARDA ; elle a le visage couvert de sa mante.