DEUXIÈME ALGUAZIL
Écoutez à part. Cette dame doit être ici prisonnière; vous veillerez sur elle.
CELIA
Je n'y manquerai pas.
Les alguazils et les domestiques sortent. LISARDA.
Sont-ils partis?
CELIA
Oui, madame, les voilà dehors.
LISARDA.
Ote-moi vite cette mante, Celia.
NICE
Qu'y a-t-il donc, madame? Vous, prisonnière dans votre propre maison! vous, établie geôlière de vous-même1! Contez-moi, de grâce, cette aventure; je meurs d'envie de ïa savoir.
1 Tu de ti misma Aicaydesa.
Calderón a composé une pièce intitulée VAhayde de si mismo, le Geôlier de lu>! >u qui se yarde lui-même. Peut-être fail-ii ici allusion à cette pièce.
JOURNEE II, SCENE i. 271
LISAÍiDA.
Que veux-tu que je te conte, Nice? Je suis malheureuse-; c'est te dire assez que l'amour et la fortune conspirent contre moi. Mon père ce malin m'a donné à entendre à mots couverts et d'un air affligé qu'il était instruit de ma folle passion. Je n'ai pas voulu le croire. Ce soir je suis sortie; il m'a suivie, m'a trouvée, et...
CELIA
Laissez donc, madame. Comment pouvez-vous imaginer que votre père, pouvant vous retenir sous un prétexte ou sous un autre à la maison, eût préféré se mettre à votre recherche avec une troupe d'alguazils, vous surprendre ainsi en faute devant tant de monde, et rendre lui-même son injure publique?... Non, madame, cela n'est pas possible. Ma seule crainte a été qu'on vous reconnût là-bas ou avant que vous ne fussiez de retour à la maison. A cette heure que nous y sommes je ne crains plus rien... J'ai peur seulement qu'il ne s'informe de la prisonnière qu'il a envoyée; car je ne doute pas que, quand il vous a arrêtée, il ne vous ait prise pour une autre.
LISAUDA.
Tu es sotte, Celia; tu ne réfléchis donc pas qu'il a dit : «Je tiens à la réputation et à l'honneur de cette dame autant que si j'étais son père. C'est en sa considération que je vous ménage.» 11 m'a donc reconnue; car ce ne sont pas ià des paroles jetées au hasard. Tu réponds qu'il n'aurait pas voulu que l'on me vît. Fort bien; aussi a Uil commande qu'on me laissât me couvrir de ma mante. Ne me contredis pas; je suis sûre qu'il m'a reconnue.
CELIA
Et que comptez-vous faire ?
L1SAKÜA.
Me jeter à ses pieds dès qu'il arrivera, et lui avouer... lui dire que mon ennui a été cause que je suis allée me promener dans ce jardin. — Après tout, un père ne tue pas.
CELIA
Non, madame; mais quelquefois...
Entre FLERIDA.
FLEH10A.
Soyez la bienvenue, madame.
L1SARDA.
Je viens de visiter une de mes amies. (Bas à Celia et à Nice-) Taisons-nous ; nous oe sommes pas encore aaçez sûres de sa discrétion ou de son habileté,