‹ ThéâtreChapitre 16 sur 22 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LES PRECEDENTS. SARAH SARAH (entre à gauche. Comme elle doit danser tantôt à la fête des Pourim, elle a mis une robe bleu pâle et piqué deux ou trois fleurs dans ses

cheveux qui lui tombent sur le dos. Elle est chaussée de très légères sandales. Elle porte deux anneaux à chaque cheville, et, serrée à la taille, une ceinture de ruban formant par derrière un grand nœud dont les ailes tombent très bas. — Dans la main droite elle a un tambour de basque.)

LEVI. — Ah, très bien!

JOSEPH, presque en même temps que son frère. — Délicieux!

MARIE. — Tu me rappelles ma jeunesse quand moi aussi j'ai dansé à la fête de la reine Esther.

SARAH. — Il faudra une dernière fois répéter la troisième danse qui est si difficile —

MARIE. — Et si belle —

JOSEPH. — Surtout exécutée par notre sœur.

MARIE. — Cette danse-là, quand je la verrais dix fois, je n'en serais pas fatiguée.

JOSEPH, à Sarah. — Je ne demande pas mieux que de t'accompagner.

SARAH. — Il était convenu que Jésus et Samuel assisteraient à cette répétition. Je voudrais aussi savoir ce qu'ils pensent de ma robe, de ma parure et de ma façon d'exécuter cette danse. Si vous en êtes tous contents, je n'aurai pas peur de me produire devant les Nazaréens.

JOSEPH. — Ne crains rien, sœurette.

LEVI. — Tu t'en tireras à merveille.

(Un silence.)

SARAH. qui s'impatiente. — Ils ne viennent toujours pas.

MARIE. — Nous avons le temps. La fête ne commence pas encore.

JOSEPH. — Et Samuel va rentrer d'un moment à l'autre.

LEVÎ. — Si Léa ne le retient pas. Vous savez bien qu'il est maintenant auprès d'elle.

JOSEPH. — Il t'a dit, maman, qu'il a l'intention de se marier.'*

MARIE. — Non. Et à toi?

JOSEPH. — Non plus.

LEVI. — Pourtant il ne te cache rien. Vous êtes deux têtes dans un même bonnet.

JOSEPH. — Tu as vu ça. toi?

LEVI. — Il y a longtemps que je l'ai vu. Je ne suis pas aveugle.

JOSEPH. — Il ne me dit pas tout. Et moi je n'ennuie pas les gens pour connaître leurs affaires quand ils ne veulent pas me les confier.

LEVI. — Moi non plus.

JOSEPH. — Ah, tu as tout de même cette qualité?

MARIE. — Cessez de vous taquiner, vous deux.

JOSEPH. — Oui, maman. — Samuel est très épris de cette jeune fille. C'est certain. Et elle l'aime également. Aussi je crois qu'il nous en parlera bientôt.

LEVL — Jésus, lui, ne semble pas encore prêt à épouser Myriam.

SARAH. — Et il a près de trente ans.

LEVL — Bien que nous travaillions ensemble ici, à l'atelier, il ne m'a jamais dit qu'il allait se marier.

MARIE. — Et à sa mère non plus.

JOSEPH, à Lévi — Toi et lui vous n'êtes pas deux têtes dans un même bonnet.''

LEVL — Non, chacun a le sien. — Jésus aime pourtant beaucoup sa petite Myric.

SARAH. — Il l'appelle ainsi?

LEVL — Je l'ai entendu lui donner ce nom une nuit qu'un peu souffrant j'étais réveillé et que. dans son sommeil, il parlait d'elle.

JOSEPH. — S'il ne se décide pas c'est parce qu'il aime encore mieux se promener seul sur les hauteurs et rêver à son aise.

MARIE. — Oui, tu l'appelles toujours un rêveur, toi.

JOSEPH. — Un poète, si tu préfères. L'un c'est l'autre.

LEVL — Je suis sûr que maintenant il est encore là-haut, quelque part —

JOSEPH. — Où sans doute il a des visions et des entretiens avec les prophètes —

LEVL — A moins qu'il ne trouve que là il est plus près de son Père céleste —

JOSEPH. — Et bien au-dessus de nous autres, petits esprits.

SARAH. — Vous êtes deux moqueurs.

MARIE. — Joseph, c'est méchant ce que tu dis là.

JOSEPH. — Méchant! Ne nous prend-il pas pour des êtres inférieurs parce que nous ne pensons pas comme lui sur les offenses, la vengeance, le pardon, et que sais- je encore i*

MARIE. — Jésus ne vous méprise nullement. Car il est la bonté et l'humilité même.

SARAH. — Et de loin le plus saint de toute la famille. Sans doute sur la montagne il repense à toutes ces choses qu'il lit dans la Thora ( 1 ) et les prophètes, et que le jour du sabbat, dans la synagogue, il explique aux Nazaréens.

JOSEPH, avec un grain d'ironie. — C'est un docteur manqué.

LEVI. — Moi je lui reproche une chose —

JOSEPH. — A qui ne reproches-tu rien!

MARIE. — Qu'a-t-il fait de mal?

LEVI. — Depuis quelque temps il aime mieux parler de la religion aux gens et les instruire que manier le rabot et la scie.

MARIE. — Ne t'en plains donc pas. Tout l'ouvrage qu'on vous commande ne se fait-il pas pour le jour indiqué!

(1) Le Pentateuque qui contient la Loi Mosaïque

LEVI. — Parce que je suis là. Parce que c'est moi qui abats la plus grande partie de la besogne.

MARIE. — Tu n'es tout de même jamais content.

JOSEPH. — C'est un grincheux. Il l'a toujours été.

LEVI. — Je dis ce qui est.

MARIE. — Allons, tu sais bien que ton frère te laisse beaucoup travailler seul, d'abord parce que ces derniers jours, l'ouvrage manque un peu —

SARAH. — Il y a des heures où un homme suffit —

MARIE. — Et puis il a vu qu'après avoir appris ton métier sous sa direction, tu préfères te perfectionner sans être trop surveillé et contrôlé.

SARAH. — Alors il te laisse faire.

JOSEPH. — Il contente tes goûts et les siens.

LEVI. — Oui, les siens surtout.

MARIE. — Oh! — Et les tiens! Les tiens! Reconnais-le donc! — Et quand il revient de sa promenade et que tu as terminé ton ouvrage, il l'examine et l'approuve et te montre comment on le finit.

LEVI. — Allons! Bon! N'en parlons plus. C'est moi qui ai toujours tort.

JOSEPH. — Quel détestable caractère.

(Un instant.)

SARAH. — Et Samuel et Jésus ne rentrent toujours pas.

JOSEPH. — Nous ne pouvons plus attendre.

(Arrive RACHEL, une voisine et amie de Sarah. Comme elle dansera aussi à la fête, elle est également habillée et parée pour la circonstance.)

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