SCÈNE XI f
DORANTE. MARTHON,
DORANTE
Cette mère-là ne ressemble guère à sa fille.
; , MARTHON,
Oui, il y a quelque différence, etjesuisfàcbéede n'avoirpaa^ eu le temps de vous prévenir sur son bumeur brusque. Elle est ei^trémement entêtée de ce mariage, comme vous voyez. Au surplus, que vous importe ce que vous direz à la olle,. dès que la mère sera votre garant? vous n'aurez rien à vous reprocher, ce*me semble; ce ne sera pas là une tromperie.
DORANTE
Eh! vous m'excuserez: ce sera toujours l'engager à pren-»» dre un parti qu'elle ne prendrait peut-être pas sans cela. Puisque l'on veut que j'aide à l'y cféterminer, elle y résiste donc?
HARTHON.
C'est par indolence.
DOUANTE,
Croyez-moi, .disons la vérilé.
MARTHON.
Ohl çà, il y a une petite raison à laquelle vous devez vous rendre: c'est que M. le comte me fait présent de mille écus le jour de la signature du contrat; et cet argentlà, suivant le projet de M. Hemi, vous regarde aussi bien que moi, comme vous voyez.
Tenez, mademolteUe listthon, tons été» lu pbs âittiâble fille du monde ; mais ce n'est que fliute de réflexion que ce« mille écus vous tentent.
Au contraire, c'est par r^xioû qu'ils me tentent : plus j'y cère, plus leles trouve bdns.
DORANTB.
Mais vous aimez votre maîtresse; et, si elle n'était pas heureuse avec cet homme-là, ne vous reprocheriez-VôUâ pas d'y avoir contribué pour une tnisérable somme?
ItfARTHON.
Ma foi, vous avez beau dire : d'ailleurs, te comte est hotitiête homme, et je n'y entends point de finesse. Voilà madame qui revient; elle a à vous parler, je me retire: méditez sur cette somme; vous lagoûtere:^ aussi bien que moi.
l)ORANtE.
Je ne suis plus si fâché de la trompeir.
SGENE XII
ARAMINTE, DORiUîlE.
Vous avez doûc vu ma raère ?
Oui, madame, fl n'y a qu'un mootenl.
ARAMmTfi.
Elle me Pa dit, et voudrait bien que j'en eusse pris un autre que vous.
DORANTB,
Il me l'a paru.
ARAVINTR.
Oui; mais ne vous embarrassez points Vous me convenez
DORANTE
Je n'ai point d'autre ambition.
ARAHINTE.
Parlons de ce gue j'ai à vous dire; mais que ceci soit secret entre nous, je vous prie.
DORANTE
Je me trahirais plutôt moi-même.
ARAMINTE
Je n'hésite point non plus à vous donner ma confiance» Voici ce que c'est: on me veut marier avec M. le comte Dorimont, pour éviter un grand procès que nous aurions ensemble au sujet d'une terre que je possède.
DORANTE
Je le sais, madame, et j'ai eu le malheur d'avoir dépla tout à rheure là-dessus à madame Argante.
ARAMINTE
Et d'où vient?
DORANTE
C'est que, si dans votre procès vous avez le bon droit de votre côté, on souhaite que je vous dise le contraire, afin de vous engager plus vite à ce mariage; et j'ai prié qu'on m'ea dispensât.
ARAMINTE
Que ma mère est frivole l Voire fidélité ne me surprend point; j'y comptais. Faites toujours de même, et ne vous choquez point oe ce que ma mère vous a dit; je la désapprouve. A-t-elle tenu quelque discours désagréable?
DORANTE
Il n'importe, madame; mon zèle et mon attachement en augmentent, voilà tout.
ARAMINTE
Et voilà aussi pd&rquoi je ne veux pas qu'on vous chagrine, et j'y mettrai bon ordre. Qu'est-ce que cela signifie f Je me fâcherai, si cela continue. Gomment donct vous ne seriez pas en repos, on aurait de mauvais procédés avec vous, parce que vous en avez d'estimables I Cela serait plaisant
DORANTE
Madame, par toute la reconnaissance que je vous dois, n'y prenez point garde : je suis confus de vos bontés, et je suis trop heureux d'avoir été querellé.
ARAMINTE
Je loue vos sentiments. Revenons à ce procès dont il est question : si je n'épouse point M. le comte...