V. ABMI, brasqQemeiit
Vous ne savez ce que vous dites. Il faut pourtant sortir * vous allez voir. Tenez, madame, jugez-en vous-même; voici de quoi il est question. C'est une (terne de trente-cinq ans, qu'on dit jolie lemme, estimable, et de quelque distinction; qui ne déclare pas son nom ; qui dit que j'ai été son procureur ; qui a quinze mille livres, de rente pour le moms, ce qu'elle prouvera; qui a vu monsieur chez moi, qui lui a parlé,
âui sait qu'il n'a pas de bien, et qui olTre de l'épouser sans clai : et la personne qui est venue chez moi de sa part doit revenir tantôt pour savoir la réponse, et vous mener tout de suite chez elle. Cela est-il net? Y a*t-il à se consulter là-des- EUS? Dans deux heures, il faut être au logis. Ai-je tort, madaotô?
ARAMINTE, froidement.
C'est à lui de répondre.
U* REMI
Eh bien, à quoi pense-t-il donc? Viendrez-vous f
Non, monsieur; je ne suis pas dans cette disposition-là.
U. REMI
Hum!... Quoi! entendez- vous ce que je vous dis, qu'elle a quinze mille livres de rente? entendez-vous?
DORANTE
Oui, monsieur; mais, en eût-elle vingt fois davantagfe, je ne l'épouserais pas; nous ne serions heureux ni l'un ni Tauire : j'ai le cœur pris ; j'aime ailleurs.
M. REMI, d'an ton raillear, et traînant ses mots*
€ J'ai le cœur pris I » Voilà qui est fâcheux. Ah! ah Ile cœur est admirable ! Je n'aurais jamais deviné la beauté des scrupules de ce cœur-là, qui veut qu'on reste intendant de la maison d'autrui, pendant qu'on peut Tétre de la sienne. £st< ce là votre dernier mot, berger fidèle ?
DORANTE
Je ne saurais changer de sentiment, monsieur.
M* REMI
Oh ! le sot cœur ! Mon neveu, vous êtes un imbécile, un insensé; et je tiens celle que vous aimez pour une guenon, si elle n'est pas de mon sentiment. N'est-il pas vrai, madame, et ne le trouvez-vous pas extravagant ?
ARAMINTE, doucement.
Ne le querellez point. Il paraît avoir tort, j'en conviens,
M. REMI, vivement.
Gomment! madame, il pourrait...
ARAMINTE
Dans sa façon de penser, je l'excuse. Voyez • pourtant, Dorante; lâche"z de vaincre votre penchant, si vous pouvez: je sais bien que cela est difficile.
DORANTE
Il n'y a pas de moyen, madame; mon amour m*est plus cher que ma vie.
M. REMI, d'nn air étonné.
Ceux qui aiment les beaux sentiments doivent être contents; en voilà un des plus curieux qui se fassent. Vous trou^ vez donc cela raisonnable, madame?
ARÂMINTE.
Je vous lai^e, parlez-lui vous-même, (a part.) Il me touche tant, qu'il faut que je m'en aille. (EUe sort.)
DORANTE, à part.
Il ne croit pas si bien me servir.