‹ Théatre (volume 2)Chapitre 14 sur 166 · LUBIN, HORTENSIUS · texte numérisé non relu

LUBIN, HORTENSIUS

HORTENSIUS

Eh bien, mon garçon, je vous attends.

LUBIN

Un petit moment d'audience, monsieur le docteur Hortus.

HO&TENSIUS.

Hortenslus^ Hortenslus; né défigurez point mon nom.

LUBIN

Qu'il reste comme il est; je n'ai pas envie de lui gàtacla taille.

HORTENSIUS

Je te croîs; mais cpxe voulez- vous? (a part.) Il faut gagner la bienveillance de tout le monde.

LUBIN

Vous apprenez la morale et la philosophie à la marquisa?

HORTENSIUS

Oui.

LUBIN

A quoi cela serl-il, ces choses-là?..

HORTENSIUS

A purger l'âme de toutes ses passions.

Tant mieux; faites-moi prendre un dûi^t de eeUienéddcine-là contre ma mélancolie.

HORTENSIUS

Est-ce que vous avez du chagrin?

LUBtN.

Tant^ que j'en mourrais, sans le bon appétit, qui me sauiva.

HORTENSIUS

Vous avez là un puissant anUdote; je vous dirai pourtant, mon ami, que le chagrin est toujbitrs inutile, parée qu'il ne remédiie à rien, et que la naifioa<dQil étape noire iiègpie dans tous les état3«

CDBIK.

Ne parlons point de raison ; je le %9^ par eiMff) oellë^là' : purgez-moi ptutôt avec de la mocale.

HORTBMSltW.

Je You5endi8»jâtide la

Vk THÉÂTRE DE MARIVAUX.

LUBIN

Elle ne vaut donc rien pour mon tempérament; servezmoi de la philosophie.

HORTENSIUS

Ce serait à peu près la même chose.

Voyons donc les belles-lettres.

HORTENSIUS

Elles ne vous conviendraient pas. Mais quel est votre chagrin?

LUBIN

C'est l'amour. •

HORTENSIUS

Ohl la philosophie ne veut pas qu'on prenne d'amour.

LUBIN

Oui; mais, quand il est pris, que veut-elle qu'on en fasse?

HORTENSIUS

Qu'on y renonce, qu'on le laisse là.

LUBIN

Qu'en le laisse là? Et s'il ne s'y tient pas? car U court après vous.

H0RTENSIU9.

Il faut fuir de toutes ses forces.

LUBIN

Bon I quand on a de l'amour, est-ce qu'on a des jambes? La philosophie en fournit donc? «

HORTENSIUS

Elle nous donne d'excellents conseils.

LUBIN

Des conseils? Ahl le triste équipage pour gagner pays!

Écoutez; voulez-vous un remède infaillible ? Vous pleurex une maîtresse, faites-en une autre.

LUBIN

Ehl morbleu I que ne parlez^vous? Voilà qui est bon, cela. Gageons que c'est avectîette morale-là que vous traitez la marquise, qui va se marier avec M. le comte?

HORTENSIUS, étOBOé.

Elle va 86 marier, dites-vous?

LUBIN

Assurément, et, si nous avions voulu d'elle, nous r.aurions eue par préférence; car Lisette nous l'a offerte.

HORTENSIUS

Êtes-vous bien sûr 4e ce que vous me dites?

LUBIN

A telles v3nseîgnes, que Lisette nous a ensuite proposé de nous retirer, parce que nous sommes tristes, et que vous êtes un peu pédant, à ce qu'elle dit, et qu'il faut que la marquise se tienne en joie.

HORTENSIUS, à part.

Bené, benè. Je te rends grâces, ô Fortune l de m'avoir in« struit de cela * je me trouve bien ici, ce mariage m'en chasserait; mais je vais soulever un orage qu'on ne pourra vaincre.

Que marmottez-vous là dans vos dents, docteur?

HOETENSIUS.

Rien... Allons toujours chercher les livres, car le temps presse.

Page 1