LUBIN, HORTENSIUS
HORTENSIUS
Eh bien, mon garçon, je vous attends.
LUBIN
Un petit moment d'audience, monsieur le docteur Hortus.
HO&TENSIUS.
Hortenslus^ Hortenslus; né défigurez point mon nom.
LUBIN
Qu'il reste comme il est; je n'ai pas envie de lui gàtacla taille.
HORTENSIUS
Je te croîs; mais cpxe voulez- vous? (a part.) Il faut gagner la bienveillance de tout le monde.
LUBIN
Vous apprenez la morale et la philosophie à la marquisa?
HORTENSIUS
Oui.
LUBIN
A quoi cela serl-il, ces choses-là?..
HORTENSIUS
A purger l'âme de toutes ses passions.
Tant mieux; faites-moi prendre un dûi^t de eeUienéddcine-là contre ma mélancolie.
HORTENSIUS
Est-ce que vous avez du chagrin?
LUBtN.
Tant^ que j'en mourrais, sans le bon appétit, qui me sauiva.
HORTENSIUS
Vous avez là un puissant anUdote; je vous dirai pourtant, mon ami, que le chagrin est toujbitrs inutile, parée qu'il ne remédiie à rien, et que la naifioa<dQil étape noire iiègpie dans tous les état3«
CDBIK.
Ne parlons point de raison ; je le %9^ par eiMff) oellë^là' : purgez-moi ptutôt avec de la mocale.
HORTBMSltW.
Je You5endi8»jâtide la
Vk THÉÂTRE DE MARIVAUX.
LUBIN
Elle ne vaut donc rien pour mon tempérament; servezmoi de la philosophie.
HORTENSIUS
Ce serait à peu près la même chose.
Voyons donc les belles-lettres.
HORTENSIUS
Elles ne vous conviendraient pas. Mais quel est votre chagrin?
LUBIN
C'est l'amour. •
HORTENSIUS
Ohl la philosophie ne veut pas qu'on prenne d'amour.
LUBIN
Oui; mais, quand il est pris, que veut-elle qu'on en fasse?
HORTENSIUS
Qu'on y renonce, qu'on le laisse là.
LUBIN
Qu'en le laisse là? Et s'il ne s'y tient pas? car U court après vous.
H0RTENSIU9.
Il faut fuir de toutes ses forces.
LUBIN
Bon I quand on a de l'amour, est-ce qu'on a des jambes? La philosophie en fournit donc? «
HORTENSIUS
Elle nous donne d'excellents conseils.
LUBIN
Des conseils? Ahl le triste équipage pour gagner pays!
Écoutez; voulez-vous un remède infaillible ? Vous pleurex une maîtresse, faites-en une autre.
LUBIN
Ehl morbleu I que ne parlez^vous? Voilà qui est bon, cela. Gageons que c'est avectîette morale-là que vous traitez la marquise, qui va se marier avec M. le comte?
HORTENSIUS, étOBOé.
Elle va 86 marier, dites-vous?
LUBIN
Assurément, et, si nous avions voulu d'elle, nous r.aurions eue par préférence; car Lisette nous l'a offerte.
HORTENSIUS
Êtes-vous bien sûr 4e ce que vous me dites?
LUBIN
A telles v3nseîgnes, que Lisette nous a ensuite proposé de nous retirer, parce que nous sommes tristes, et que vous êtes un peu pédant, à ce qu'elle dit, et qu'il faut que la marquise se tienne en joie.
HORTENSIUS, à part.
Bené, benè. Je te rends grâces, ô Fortune l de m'avoir in« struit de cela * je me trouve bien ici, ce mariage m'en chasserait; mais je vais soulever un orage qu'on ne pourra vaincre.
Que marmottez-vous là dans vos dents, docteur?
HOETENSIUS.
Rien... Allons toujours chercher les livres, car le temps presse.