‹ Théatre (volume 2)Chapitre 151 sur 166 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ANGÉLIQUE^ LUGIDOR, U regardant attentirement.

ANGÉLIQUE, en riant.

A quoi songez-Yous donc en me considérant si fort?

LUCIDOR.

Je songe qye vous embellissez tous les jours.

ANGÉLIQUE

Ce n'étaît pas de même quand vous étiez malade. A propos, je sais que vous aimez les fleurs, et je pensais à vous en cueillant ce petit bouquet; tenez/monsieur, prenez4e

LUCIDOR.

Je ne le prendrai que pour vous le rendre; j'aurai plus de plaisir à vous le voir.

ANGÉLIQUE, prenant le bonqaet.

Et moi, à cette heure que je l'ai reçu, je l'aime mieux qu'auparavant.

LUCIDOR.

Vous ne répondez jamais rien que d'obligeant.

ANGÉLIQUE

Ahl cela est si aisé avec de certaines personnesl Hais que me voulez-vous donc ?

LUCIDOR.

Vous donner des témoignages de l'extrême amitié que j'ai pour vous, à condition qu'avant tout vous m'instruirez de l'état de votre cœur.

ANGÉLIQUE

Hélas! le compte en sera bientôt fait! Je ne vous en dirai rien de nouveau : ôtez notre amitié que vous savez bien, il n'y a rien dans mon cœur que je sache; je n'y vois qu'eue*

LUCIDOR.

Vos façons de parler me font tant de plaisir, que j'en oublie presque ce que j'ai à vous dire.

ANGÉLIQUE

Comment faire? Vous oublierez donc toujours, à moins (jue je ne me taise? Je ne connais point d'autre secret. •

LVGIDOR.

Je n'aime point ce secret-là. Mais poursuivons; il n'y a encore environ que sept semaines que je suis ici.

ANGÉLIQUE

T a*t-il tant que cela? Que le temps passe vite ! Après ?

LUCIDOR.

Et je vois quelquefois bien des jeunes gens du pays qui vous font la cour; lequel de tout distinguez-vous parmi eux? Confiez-moi ce qui en est^ comme au meilleur ami que vous ayez.

ANGÉLIQUE

Je ne sais pas, monsieur, pourquoi vous pensez que j'en distingue? Des jeunes gens qui me font la cour 1 est-ce que ie les remarque? est-ce que je les vois ? Ils perdent donc oien leur temps.

LUCII50R.

• Je vous crois> Angélique.

ANGÉLIQUE

Je ne me souciais d'aucun quand vous êtes venu ici, et je ne m'en souCie pas d'avantage depuis que vous y êtes, assurément.

LUCIDOR.

Êtes-vous aussi indifférente pour maître Biaise, ce jeune fermier, qui veut vous demander en mariage, à ce qu'il m'a dit?

ANGÉLIQUE

Il me demandera en ce qu'il lui plaira; mais, en un mot, tous ces gens-là me déplaisent depuis le premier jusqu'au dernier; principalement lui, qui me reprochait l'autre jour que nous nous parlions trop souvent tous deux, comme s'il n'était pas bien naturel de se plaire plus en votre compagnie qu'en la sienne. Que cela est sot 1

LUCIDOR.

Si vous ne haïssez pas de me parler, je vous le rends bien, ma chère Ag:éllque : quand je ne vous vois pas^ vous me manquez, et je vous cherche.

ANGÉLIQUE

Vous ne cherchez pas longtemps; car je reviens bien vite et ne sors guère.

^g THEATRE iI>E MABIVAUX.

JAQIDOR.

,QuaQdîyoiifiîôtesTeYeaue,je suis canteût Et moi, je ne suis pas laélaneelique.

CCCiDOB.

Il est vr«i, fifom a»ec*aifi <i|tte mketBmtàé ^lépôûfl à Ja mienne.

ANGéLIûHB.

Oui; mais, malheureusement, vous n'êtes pas de notre village, et vous retournerez peut-être bientôt a votreParis «ue fein'aime guère. Si i^étaisàvotre. place, ilme vieûflrait ^hitôt chercher q^eyerfi^âfevle voir,

•LTJCIDOR. ^

Eh! qu'importe que j'y retourne ou non, puisqu'il ne tien- ' dra qu'à vous que nous y soyons *tous aeuxT

AWGBLIQVB.

JTous deux, monsienrXucidor^ Bhl mis, contez^moi donc comme quoi.

.XJJCIBOR.

C'est que je vous destine un mari .qui .y demeure.

Est-il possible? Ah ça! ne me trompez pas au moins; tout le cœur me batî Loge- t-il avec vousr?

LrOTBOR.

Oui, Angélique, nous aoawaaes dans la même maison.

Ce a'eatfpas .asses^, je n*.ose.eûûoi5e.ôtre,bien aisc^tûute confiance. Quel homme est-ce?

JiDaBDkOR.

Un homme très*richa.

jiVGéfutigaiE»

Xle jci'est pas là le .p/racipdl. Après'?

Il est de mon âge et de «nàstailte.

KIWGÉ1TQUE.

Bon! c'«st ce que je'VEmlttïs.savoït.

LUGUnOR.

Nos caractères se resfteaiWent, il pense comme moi. Toujours de mieux en mieux. QuejeraFïineiail

X'EPREUVË em

LUCIDOR.

C'est un homme tout aussi uni, tout aussi sans façon que je le suis.

ANQELiaUE.

Je n'en veux pohitti'autre. '

iâui in'a ni anibllion mi.gkttte.'Cl^^.a'issi^era ^de Délie qu'il épousera que son cœur.

ANGÉLIQinZ, riant.

Il l'aura, monsieur Lucidor, il l'aura; ill!a d(^à; jeTiaime autant que vous, ni plus ni moins.

XUGinOR.

Tous avez le sien, Angélique Je vous en assure; je le .eonnais, c'est tout comme s'il vousle disait lui-même.

ANGÉLIQUE

Ehl sans doute; et moi Je réponds aussi comme s'il étaît'là.

LVCmOR.

Ah t -que, de l'humeur dont 11 est, vous allez 4e rendre heureux I

ANGÉLIQUE

Ahî.je vous promcfts bien qu'il ne sera pas heureux tout seul.

.LVGIDOR.

Adieu, ma chère Angélique; il me tarde d'entretenir voire mère, et d'avoir son consentement. Le plaisir que me fait ce mariage ne me permet pas de différer davantage • maris, avant que je vous quitte, acceptez de moi ce petit présent de noce que j ai droit dp vous offrir, suivant l'usage et en qualité d'ami ; ce sont de petits bijoux que j'ai fait venir de Paris.

Et moi, je les prends^parce qu'ils y retourneront avec vous,'etque noasyretounierons ensemble; mais il ne fallait poiat de bijoux : c'est votre amitié qui est le véritable.

LUCmOR.

Adieu, belle Agélique; votre mari ne tardera pas à paraître.

AN6ÉI4QUE.

Coûtez donc, afin qu'il vienne plus^ite»

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